« Celui qui est invité dans l’éternité a la grâce de participer à sa totalité. Cette éternité n’est plus l’espace que Dieu crée pour l’homme, mais le propre espace de Dieu, dans lequel Celui-ci invite et accueille l’homme créé.
La vie éternelle ne peut être conçue à partir de l’être créé, en laissant tout simplement tomber son espace et son temps morcelé, divisible ; elle n’est éternelle que parce que c’est une vie divine, déterminée par la nature divine. La considérer comme un simple prolongement de la vie terrestre, ce serait appliquer à Dieu Lui-même les mesures de notre nature créée, ou ne vouloir voir en Dieu qu’une force qui pénètre l’univers.
Ce qui nous attend, c’est l’incommensurabilité de Dieu ; en sa présence, l’homme perd sa mesure. Non pour en acquérir une autre à sa place, mais pour vivre de la grâce de Dieu dans son incommensurabilité, dans une plénitude et une infinitude qui dépendent de Lui, pas de nous.
Quelque chose, donc, vis-à-vis de quoi notre esprit actuel ne possède aucun moyen de compréhension. Le terrestre demeure symbole et pressentiment ; par rapport à la vie éternelle, nous vivons tous encore dans la promesse… Par la grâce de la rédemption, bien des choses nous sont dévoilées que nous pouvons saisir par bribes, mais qui resteront toujours des paraboles même pour l’intelligence la plus aiguë, aussi longtemps que nous ne contemplerons pas la face du Père.
Cette vision remplacera tout le reste ; elle donnera à chaque instant d’éternité une plénitude qui dépendra d’elle, rayonnera de Dieu trinitaire, de sorte que le sens se trouve en Lui seul et non en nous ».

Adrienne von Speyr, « Les portes de la vie éternelle » (1953)