Dites-leur

Les gens sont en soif intense de quelque chose qui va nourrir pleinement leur désir profond, et non leurs envies toujours volatiles. Avant qu’ils ne sombrent dans les méandres de la virtualité, des paradis émotionnels en tout genre, ou quand tout semble perdu, dites-leur…

Dites-leur que ce Seigneur que vous avez rencontré et qui anime vos âmes veut aussi les rejoindre là où ils en sont, et rassasier leur vrai et beau désir de vie !

Dites-leur qu’il s’adresse à notre corps, à notre esprit et à notre cœur, cette diverse unité de notre être qu’il a créé en toute bonté et qu’il sait panser, guérir et sauver !

Dites-leur que le beau, le bon et le vrai qu’intérieurement toutes et tous aspirent à connaître et à aimer : c’est une Personne, le Dieu vivant qui vous a touchés un jour du temps et qu’elles et eux, aussi sont invités à connaître, un nouveau jour du temps, puis dans l’éternité.

Dites-leur, dans leurs multiples errances, souffrances et refus, que ce Seigneur fait Homme, ce Dieu crucifié et vivant, les aime au-delà de l’imaginable et de leurs sensibilités terrestres.

Dites-leur que toute personne qui lui ouvre son cœur reçoit de Lui la vraie paix, la consolation, le pardon, pour renaître, vivre en plénitude et donner à son tour.

Dites-leur tout cela et plus encore, en débordant de tendresse, d’intelligence du cœur, de joie, d’imagination…. Vous avez devant vous un horizon de liberté immense, la liberté des enfants de Dieu qui vous a été donnée gratuitement. Faites-en quelques chose de beau !

N’enfermez pas cette belle liberté dans des cases étroites, parce qu’elle a besoin d’une respiration infinie, au souffle de l’Esprit, d’une direction sûre que nous nommons Vérité, le Christ chemin de Vie. Il ne reprend rien de ce qui est bon en nous et Il donne tout, en surabondance !

Oui, si Jésus représente bien pour vous Celui qui vous aime et vous sauve, alors n’ayez pas peur de le donner, dans toutes les situations de ce monde, même les plus tordues en apparence. Parce que là où il y a corps, il y a présence d’esprit : il y a un être à aimer, à guérir et à sauver. C’est cela la Miséricorde de Dieu, qui s’en est aussi remise à vous pour toucher le vulnérable…

Soyez en digne, et servez Dieu dans la paix : le monde en a besoin, et ça rend la vie plus belle…

Quittez vos ombres, osez désirer son infini : nous y sommes tous conviés !

Le Ciel n’attend pas…

Martial V.


Je veux pour toi le meilleur, que ta joie soit parfaite !

Maurice Zundel écrivait : « il y a en moi plus grand que moi. Quiconque a fait cette expérience n’a pas besoin qu’on lui montre l’existence de Dieu. Dieu ne se démontre pas. Il est la Vie. Et dès qu’un être humain est attentif à sa propre vie, il se heurte à cette présence merveilleuse, invisible. Qu’importe le nom qu’on lui donne, c’est une présence infinie qui le dépasse infiniment, et qui est plus proche à lui-même que lui-même ».

Vous qui avez expérimenté la joyeuse naissance de Jésus en vos cœurs : dites-le au monde ! Témoignez comment Il est présent et agit dans vos vies : comment Il vous a délivrés, vous as sauvés.

Ils sont si nombreux à attendre votre témoignage, et peut-être même qu’un jour proche, ils pleureront de joie quand vous leur parlerez de Dieu avec des mots qu’ils ne connaissent plus, mais surtout avec le cœur d’un petit enfant humble et heureux.

Quand on répond à l’appel de Dieu, on est emporté dans un élan qui nous mène à l’infini. Le Ciel est une explosion de joie qui ne s’éteindra pas ! Et cette joie nous a déjà été donnée à Noël, « cette prodigieuse effraction d’amour par laquelle Dieu a décidé de nous communiquer lui-même sa lumière… » (Jean Bastaire).

Oui, nous en sommes témoins : « Noël est la réponse de Dieu à toutes les questions angoissées, à tous les appels de détresse de l’humanité. Au savant pour qui Dieu est une question sans réponse’, au poète qui déclare que ‘le ciel est muet’, à cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge et vient mourir au bord de Son éternité, Dieu a répondu » (Gabriel Rosset, 1971, fondateur de Notre Dame des sans-abris).

Quiconque a vécu cela sait qu’il n’y pas de vraie paix sans Jésus. Et peut-être même que la solution aux conflits millénaires de la Terre Sainte ne pourra advenir que dans un retournement vers le Fils oublié, mort et ressuscité pour nous pardonner et nous donner sa paix.

Depuis l’aube de la Création, la réponse au vacarme du monde est le silence de Dieu qui parle pleinement dans la paix du cœur. Au milieu de nos luttes et des difficultés propres à notre condition actuelle (et non à notre nature), le Père céleste nous dit à nous aussi “tu es mon fils bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour“. Servons donc le Seigneur dans la paix et la joie. Puisons en Lui chaque jour un peu d’eau, pour féconder les déserts de nos vies. Retrouvons la source de toujours, l’eau vive donnée pour la suite des jours.

Car si la grâce d’en Haut sonne à notre porte un certain nombre de fois dans nos vies, une seule chose dépend de nous : s’ouvrir à Elle : la cueillir, l’accueillir…

Beaucoup ne manquent plus de pain mais n’ont pas le goût de vivre, engourdis par des habitudes, des désirs de satisfaction immédiate, des paresses, ou de la désespérance.

Beaucoup ont oublié ou ne parviennent plus à voir la beauté simple des choses naturelles et gratuites.

Les soucis, mais aussi l’asservissement progressif à tout ce qui est marchand et l’aveuglement de l’artificialisation dans nos rapports au monde et aux êtres occultent la connaissance intuitive et directe de l’ordre des choses de la nature et de notre nature.

Enfin, nombreux sont celles et ceux qui ont perdu le désir de connaître Dieu.

“Si notre époque entraîne à des certitudes qui isolent l’être humain de l’essentiel, chacun peut remarquer quand même que quelque chose lui manque…” (Benoît XVI). C’est à partir de ce manque que Jésus s’adresse à nous : « que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Le psalmiste chante « ouvre mes yeux Seigneur, aux merveilles de ton amour : je suis le pauvre sur le chemin, guéris-moi, je veux Te voir ». Je veux Te voir dans les signes de ce monde, dans la nature, dans tous les êtres, et au fond de mon pauvre cœur assoiffé de vie ! Revêts-moi de Ta bonté !

L’essentiel est dans la bonté qui doit d’abord transparaître sur notre visage : il faut que le Christ soit visible en celles et ceux qui se revendiquent de Lui.

Alors, laisse-toi regarder, car Il t’aime. Partage avec le pauvre ce que tu as, ce que tu es, tout ce qui te fait vivre, tout ce qui t’a été donné : tes désirs, tes talents, ta foi, ton amour, ta joie. Mais n’oublie pas – car tu es aussi un pauvre – de partager ta faiblesse, ta vulnérabilité, ta souffrance, tes manques, ton vide qui ne demande qu’à être comblé d’une présence, de la Présence.

Le plus petit fragment d’amour entre en vie éternelle. Dieu divinise dès maintenant ce que l’homme humanise.

Bon chemin en 2024,

MV


Belle année 2023 qui naît en ces jours

La sobriété du titre n’en cache pas moins la profondeur, si l’on perçoit la portée de ce que peut ou doit être une belle année, à tous les niveaux, personnels et collectifs. Nous sommes des êtres fragiles, mais nous avons d’immenses désirs et de belles capacités à en réaliser au moins quelques uns, tant dans nos vies personnelles que professionnelles, et le plus souvent en coopération. Prenons donc soin les uns des autres, cessons le “commerce des conflits”, et n’oublions pas d’aimer ! Le reste en sera facilité…
Juste un critère qui pourrait faire sens, selon le mot récent de Bernard Devert (Habitat & Humanisme) : “Enoncer, plutôt que dénoncer…”.
Donc : témoigner de ce qui est bon et beau plus que de sans cesse décrire le mal et le laid…
Ou encore : toujours chercher et proposer des solutions aux maux visibles de notre temps…
Vaste programme, toujours à l’oeuvre si l’on suit l’Esprit.

Gardons la paix, n’oublions pas la justice,

MV


2022. Vous avez dit « monde d’après » ?

(les textes en italique sont extraits de “Un temps pour changer”, du pape François).

Ce que la pandémie nous a appris, c’est notre vulnérabilité, détruisant le mythe de l’autosuffisance qui nous a tourné la tête. Le confinement a fait émerger des sentiments fraternels qui ont renforcé des liens.

Ainsi, je veux croire que « le monde d’après » dont on a tant parlé depuis deux ans, sera fait de personnes qui auront commencé à comprendre ce que veut dire « accepter de dépendre », rompant avec l’individualisme qui marque nos vies. Nous pouvons sortir meilleurs de cette crise, plus ancrés dans le réel, en choisissant mieux ce qui compte pour tous.

Mais il y a mille autres crises, toutes aussi terribles, certes qui ne nous touchent pas directement. Regarde par exemple ce que les nations dépensent en armes : cela te glacera le sang. Considère aussi qu’il est inimaginable qu’autant de femmes et d’enfants soient encore exploités pour le pouvoir, le plaisir ou le profit.

Ainsi, dans la série des transitions indispensables (écologique, énergétique) pour franchir « ce nouveau monde », n’aurait-on pas oublié la transition financière ? L’illusion des puissances de l’argent mène certains hommes à la folie, et rend esclaves bien d’autres, rappelant cette mise en garde de Jésus : « on ne peut pas servir deux maîtres, Dieu et l’argent ».

Les défis humains, économiques, sociaux et écologiques sont vraiment les différents visages d’une même crise. Se pourrait-il que le fait de remplacer l’objectif de croissance et de profit par celui de nouvelles formes de relations ouvre à un autre type de système économique, qui réponde aux besoins de tous dans les limites des moyens dont notre planète dispose ? Une économie plus maternelle qui soutient, protège et régénère, au lieu seulement de réglementer et d’arbitrer ? De telles idées, longtemps rejetées comme idéalistes ou irréalistes, semblent maintenant visionnaires et pertinentes !

Nous devons repenser l’économie pour qu’elle puisse offrir à chaque personne l’accès à une existence digne tout en protégeant et régénérant la nature. Nous avons besoin d’institutions sociales fortes, défendant les biens communs essentiels et intégrant les plus petits. Sans cela, l’État est impuissant et la société n’est plus qu’un marché où certains font du commerce tandis que les plus pauvres souffrent.

Ɲ

Chaque fois que des idéologies prétendent remplacer la perception ou la connaissance intime et intuitive que nous avons du réel, du vrai, du beau, du bien, des êtres humains souffrent, le monde souffre.

Chaque fois que l’argent passe avant toute autre chose ou tout bien, des êtres humains souffrent, le monde s’abime.

Chaque fois que la tentation grandit de voir l’autre comme étranger ou ennemi et de lui dénier sa dignité réelle, l’humanité régresse.

Ce genre d’enfermement ou de refus coupe rapidement des autres, accentue le délitement des liens d’appartenance au sein même des nations, et rend finalement triste, aigri, anxieux.

Ce qui est dommage, voire terrible, quand on s’enferme dans des illusions qui masquent la réalité, c’est qu’on oublie de contempler les beautés qui nous sont données tous les jours et qui nourrissent vraiment notre âme. A force de ne plus les voir, on finirait même par douter de leur existence…

Ɲ

La beauté, signe de Dieu qui déborde d’amour pour nous, est aussi la porte d’entrée de la conscience écologique. Souvent, nous sommes tellement habitués à posséder, et si peu à remercier… Les dégâts causés à la terre découlent aussi de cette perte de conscience de la gratitude.

L’écologie ne se limite pas à prendre soin de la nature : il s’agit dans un même élan de prendre soin les uns des autres, frères et sœurs en humanité.

L’humilité devant Dieu est une clé qui déverrouille la fraternité et la paix sociale.

Tu dois aller aux périphéries de l’existence si tu veux voir le monde tel qu’il est.

Ɲ

Si tu veux réellement aimer, si tu crois profondément que le sens de nos vies se trouve là, alors tu dois d’abord te libérer de ce qui t’empêche de voir ce qui est beau en toi et autour de toi, et d’aimer.

Seul le visage d’un autre peut révéler le meilleur de nous-mêmes ; en servant d’autres personnes, nous nous sauvons ensemble. C’est une compréhension malheureusement absente des récits politiques contemporains, libéraux ou populistes.

Si tu sens que cette libération est difficile, et même parfois trop douloureuse, demande de l’aide, car personne n’a tout seul le discernement complet de sa vie. Écoute, prie et fais confiance. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire ! » disait Jésus à ses disciples. Il y a toujours une heure où Il va passer : n’oublie pas d’être là ! Il veut sauver ce qu’il y a de plus beau en toi ; Il veut te sauver et te donner sa joie, mais pas sans ton accord…

Éprouvons-nous le besoin d’être sauvés, ou seulement d’être protégés, reconnus ? Paradoxalement, nous vivons un temps où de plus en plus de personnes, souvent rigides et autoritaires, se présentent comme des sauveurs, à tous les niveaux, parce que nous avons bien des peurs en nous. Certaines sont réelles, d’autres sont murmurées et attisées par ceux qui les exploitent, empruntant au passage des éléments de vocabulaire en rapport avec nos traditions les plus respectueuses pour nous inciter à aller dans leur sens, dans leurs vues étriquées, pour des combats qui ne sont pas les nôtres, en général. Vigilance !

Pourtant, je le sais, et je l’espère aussi : il y a en chacun de nous de belles choses, de nobles désirs, des trésors de créativité aussi, parfois endormis, mais qui ne demandent qu’à pousser, à fleurir, pour ne pas passer à côté de la beauté, de la bonté et de la générosité qui sont les fleurs de la vraie vie !

Ɲ

Il y a un temps pour voir, un temps pour choisir, un temps pour changer, nous dit très justement le pape François.

Un temps où il faut choisir de ne pas laisser enfouis nos talents, de préférer un bien plus universel et durable que nos simples envies qui changent tout le temps. Parce que ce qui a été déposé en nous par le Créateur et souvent mûri par notre travail, peut et doit être partagé pour le bien de tous.

Nous avons besoin de systèmes économiques qui donnent accès à tous aux fruits de ce monde, aux besoins fondamentaux de la vie : la terre, un toit, un travail qui a du sens.

Nous avons besoin de modes de vie plus modérés, de changer notre conception du progrès et de la réussite.

Nous avons besoin d’une politique qui intègre les plus vulnérables au lieu de les rejeter ou de les ignorer. Une bonne politique laisse les pauvres peser dans les décisions qui concernent leur vie.

Nous devons ralentir, faire le point et concevoir de meilleures façons de vivre ensemble sur cette terre, qui pourra se reposer et guérir.

Ɲ

Dieu agit dans la simplicité des cœurs ouverts, dans la patience de ceux qui savent s’arrêter tant qu’ils n’y voient pas clair.

Puisque la fraternité est la destination que le Créateur assigne au cheminement de l’humanité, la voie principale est de reconnaître la dignité de chaque personne humaine, condition préalable à toute protection d’une existence personnelle ou sociale, et condition nécessaire à la réalisation d’une amitié fraternelle et sociale entre les peuples de la terre.

Sur ce chemin, il me semble qu’un chrétien n’a pas besoin d’être triomphant pour exister pleinement. A l’image du Christ qui donne tout sans bruit, c’est l’image du levain dans la pâte qui doit nous rassurer : un enfouissement dans l’apparence banale de l’existence quotidienne, mais qui produit un bon fruit. Ce qui n’exclut nullement de rêver et de voir grand. Au contraire ! Les âmes les plus humbles de l’histoire font toujours preuve d’une immense profondeur, de grands désirs et d’inventivité.

La joie du Christ reconnu comme Dieu et sauveur les accompagne et leur redonne confiance et courage, au sein même des découragements de ce temps… Celui qui rencontre le Christ réalise avec reconnaissance que ses aspirations, ses désirs, ses rêves profonds sont rendus possibles. L’amour, c’est du concret, mais ça n’a pas besoin de trompettes. Si ça se voit, c’est un beau signe, mais aimer véritablement dans le secret de sa conscience et de son cœur aide le monde à grandir.

Quand je doute de cela – parce qu’une partie de moi croit encore en la toute-puissance (peut-être devrais-je réserver ces idées aux romans et aux fictions ?) – je me souviens de Thérèse de Lisieux qui voulait faire connaître et aimer le bon Dieu au monde entier, et qui a passé sa vie de religieuse au Carmel. Et pourtant, quelle fécondité que cette courte vie de 24 ans ! Il faut lire « Histoire d’une âme » avec un cœur d’enfant…

Quoi qu’il se passe à présent, tout en essayant de rester présent à la Présence, j’ose te souhaite une belle année 2022, avec ta famille, tes proches, celles et ceux qui ont de l’importance à tes yeux.

Je nous souhaite à tous d’ouvrir les yeux pour construire là où nous sommes, autant que nous le pouvons, un monde d’espérance, de sollicitude, de soin, particulièrement auprès des plus petits.

MV


Haute lumière de l’âme

Pour penser “à autre chose” en ce début d’année 2021, et prendre un peu de hauteur (ce qui ne veut pas dire ignorer la vallée), voici une libre interprétation vocale, picturale et musicale du magnifique ouvrage de François Cheng : “De l’âme“. De la petite église des Saisies, Notre Dame de Haute Lumière, je dédie cette vidéo aux êtres épris d’absolu, qu’ils le soient déjà, ou qu’ils le deviennent un jour…


Recevez !

Dieu nous donne chaque jour la beauté de la création à contempler, cette beauté dont on a tant besoin pour vivre ! Quand on accepte de recevoir le monde comme un merveilleux cadeau, on redevient naturellement comme un tout petit enfant. J’aime ce mot de Christian Bobin : “l’esprit d’enfance est toujours neuf, n’entasse rien ; il repart toujours au début du monde, aux premiers pas de l’amour. Il voit à la mesure de son espérance”. Cet esprit d’enfance, c’est le cœur de l’Évangile !

Quand bien même « nous serions devenus de pauvres adultes au regard dur, incapables de nous émerveiller, ce serait le moment de nous reprendre et de comprendre enfin que Dieu seul peut embellir notre vie et plus encore la réchauffer, si elle avait pris froid à force de vivre dans un monde sans horizon d’éternité. » (MMZS). Alors… Quelque chose de beau et de bon pourrait advenir chaque jour dans le monde ! Quelque chose qui ravirait les esprits, qui embraserait les cœurs, qui laisserait entrevoir à tous la saveur, la douceur, la présence à la fois très humble et si puissante, si réconfortante de Celui qui donne tout en surabondance, dans la mesure où l’on cesse de vouloir être le créateur de soi, pour puiser à la Source intarissable, gratuite et qui rend libre…

Telle est ma lecture de l’Évangile, qui n’est pas un message d’amour comme tant d’autres. Je peux le recevoir comme le bon chemin de vie tracé par le Cœur de Dieu qui a visité son peuple. Jésus vient nous communiquer la joie d’exister, au point qu’on ne peut plus rien comprendre à la vie et à l’amour en dehors de Lui. Simplement parce qu’il nous fait entrer dans la voie du don, qu’il a vécue pleinement, et qu’il nous invite à l’expérimenter : « Venez et voyez ! ». Voilà « la philosophie du Christ qui ne nous demande pas de Le croire sur parole, mais d’oser essayer », nous dit Denis Marquet.

Mais je vois bien que la plupart de nos contemporains ne savent pas ou ne voient pas en quoi l’Évangile pourrait les concerner et changer leur rapport à la vie, tel cet ami qui m’a dit un jour « c’est beau de croire, mais comment faire confiance aujourd’hui ? ». Il est vrai que trop peu témoignent de sa beauté et de sa lumière, encore moins sur les ondes… Comment sera-t-il correctement entendu dans le brouhaha médiatique et l’agression quasi-permanente d’une société techno-marchande qui constitue certainement aujourd’hui le plus grand danger pour l’humanité ?

Peut-être aussi que beaucoup espèrent tout simplement que celles et ceux qui se réclament de cet Évangile expriment par des actes bons, des paroles audibles et une attitude fidèle, en quoi cette bonne nouvelle fait corps avec « la belle parole de la vie » qui parle déjà en eux. J’ai en mémoire cet extrait de Georges Bernanos dans « Les grands cimetières sous la lune » : « pour nous qui n’attendons de vous que le partage d’un don que vous proclamez ineffable, il n’importe pas de savoir si Dieu s’est remis entre vos mains, mais ce que vous en faites… ».

Je crois qu’il faut faire parler encore plus l’Évangile comme force de libération ! Par plus de partage, d’encouragement, de soutien et de consolation : autant de gestes à apprendre de Jésus pour rendre concrète sa présence auprès de ceux qui n’ont pas/plus grand chose ou qui désespèrent dans ce monde déboussolé. « Je t’ai donné un cœur pour aimer : qu’en as-tu fait ? » nous dira un jour le Seigneur de la vie.

Ce n’est pas la technique qui sauve l’homme, encore moins l’argent. Tout au plus peuvent-ils soulager momentanément ses misères, mais jamais, jamais, ils ne combleront le cœur d’un être fait pour contempler l’infini de Dieu ! Un être créé par amour, pour aimer, et qui ne choisit pas toujours le meilleur chemin, cherchant le plus souvent dans le fini l’infini qui lui manque. Tous les maux de l’humanité sont bien le fruit de la démesure de l’homme, de sa soif toujours insatisfaite d’avoir encore et encore plus pour combler ce vide existentiel. On peut comprendre qu’à force, c’est terriblement épuisant pour l’homme, mais cela a pris des proportions telles que désormais, les conséquences de nos modes de vie désordonnés provoquent des ravages planétaires, impactant durablement les conditions d’existence et la santé de toute créature. L’exemple de ces dizaines de millions d’hectares de terre qui ont brûlé en 2019 devrait nous inviter à faire au plus vite « grâce » à la Terre et à vivre plus simplement et en réelle fraternité.

Ce monde qui se construit autour de nous n’est pas l’œuvre de Dieu, qui a créé toutes choses bonnes ! « Ce monde actuel dans lequel nous vivons, ne nous offre qu’un bonheur fait d’argent, de bien-être, de prétendu plaisir, de confort, mais tout ça, même si on le possède, ça ne va pas très loin, ça ne comble pas ! » (MMZS). Comment ne pas ressentir ce manque criant de « sens » dans cette construction qui enferme et génère de toute part de l’anxiété et finalement de la colère ? Oui, il y a une violence faite aux hommes et aux institutions quand un système bien installé pour satisfaire une minorité cynique et arrogante a pour conséquence de limiter les droits les plus fondamentaux d’un nombre immense, combattant de manière dissimulée mais sans scrupules l’idée même de justice sociale, principe et finalité de la vie en commun.

Si la pauvreté perdure et s’aggrave dans tous les pays, sans exception, c’est pour deux raisons qui s’auto-entretiennent : l’égoïsme quasi instinctif favorisé par un système basé sur la concurrence et le profit immédiat, et le maintien de structures opposées à la juste répartition des biens pour tous. La richesse globale du monde a terriblement augmenté sans que le sort des plus pauvres en soit sensiblement amélioré. Jusqu’où cette folie ira-t-elle ? Jusqu’où accepterons-nous cela sans nous révolter profondément ?

S’attaquer aux puissances aliénantes du monde, et aux intérêts démesurés de ceux qui règlent la production, la circulation et la distribution des biens au détriment de toutes justice et fraternité, est normalement le rôle dévolu aux pouvoirs politiques à l’œuvre dans chaque pays. Sauf que, depuis les années 90, ils ont progressivement capitulé et se sont asservis à la machine ultralibérale et aux milieux de l’hyper-finance, détruisant jour après jour la confiance des humbles gens…

Alors comment imaginer une riposte efficace ? Signer des dizaines de bonnes pétitions chaque année, avec de temps en temps, quelques beaux résultats… bien sûr ! Mais globalement, la marche du monde semble échapper de plus en plus à tout contrôle démocratique, comme l’avait prédit Tocqueville en son temps. La question cruciale est désormais celle de la résilience de la vie humaine dans un monde pollué, climatiquement déréglé, et mal défendu par ses élites gouvernantes… Alors, que faire… ?

Je crois que le Seigneur nous a donné un cœur, mais aussi une intelligence pour comprendre, et la volonté pour délier les situations d’injustice et de détresse. A la base, chacun possède un pouvoir immense et tout simple : celui de refuser de donner au puissant ce qu’il attend ! Par exemple : boycotter ! Je peux devenir libre de faire autrement que de répondre servilement aux injonctions et aux incitations continuelles de la marchandisation planétaire organisée et à mes pulsions hyper-stimulées par la publicité.

Après cela – et c’est déjà bien quand on essaie ! –, oser s’engager… Par exemple en faveur des circuits alimentaires éthiques et écologiques pour défendre l’agriculture paysanne – en commençant par celle de notre pays qui souffre tant –  ou en donnant leur chance aux petits placements solidaires (il y en a plein qui aident l’emploi, le logement, sans passer par les banques classiques), etc… Ou encore, pour ceux qui en ont le temps et la possibilité : s’investir sur le terrain politique, toujours pour faire progresser le bien commun, et impulser peu à peu le renouveau dont nos nations ont besoin pour se relever…

Mais avant toute chose, pour devenir ce que nous sommes vraiment, il suffit seulement d’oser recevoir sa vie, de prier avec confiance, de ne pas faire obstacle à Dieu en se posant sans cesse en position d’origine. Accepter de dépendre, tout en devenant plus libre ! C’est déjà la joie du Ciel, et cela devrait se lire sur des multitudes de visages…

Car Dieu fait une promesse merveilleuse à ceux qui le reçoivent et lui répondent. L’éternité en Dieu sera le bonheur inouï d’un commencement sans fin, toujours renouvelé : quelque chose d’inconcevablement exaltant, dont nous ne pouvons ici-bas qu’avoir un léger pressentiment. A travers nos limites humaines, la foi chrétienne ouvre des fenêtres sur l’infini annoncé, comme se plaisait à l’imaginer Hans Urs von Baltasar : “pour celui qui reçoit la possibilité d’entrer dans cette vie de Dieu, tout se passe comme si s’ouvraient pour lui, lui coupant le souffle, des espaces à perte de vue. Des espaces dans lesquels on peut se précipiter dans la liberté la plus parfaite. Et ces espaces sont eux-mêmes des libertés qui attirent notre amour, l’accueillent, lui répondent…”.

Devant une telle perspective, invoquons l’Esprit Saint, sans cesse à l’œuvre le monde malgré ses fautes et ses drames, car rien n’épuise l’infinie Miséricorde divine. Nous, chrétiens, sommes les témoins d’une espérance qui nous dépasse sans cesse ! Le Seigneur nous précède toujours et nous envoie, chacun à sa mesure, porter à travers nous son regard de tendresse et de bonté, en commençant par ceux qui en ont le plus besoin. C’est l’amour seul qui relève et qui sauve…

Notre espérance est qu’il y a toujours de la place pour Dieu dans le cœur de l’homme, comme il y a de la place pour tous les hommes dans le cœur de Dieu ! La vraie joie, c’est Dieu qui la donne. Tout vient de Lui, tout est à recevoir, tout est à donner…

Bonne Année 2020,

MV


Et je verrai le Visage de Dieu !

Une approche sensible et consolante… (la conférence est aussi en ligne sur ma chaîne de diffusion) et le texte complet se trouve plus bas).

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« Dieu est le seul être que l’on ne cherche jamais en vain, et que l’on ne trouve jamais en plénitude » (St Bernard)

Lumières

« Dieu n’est pas au bout d’un raisonnement, Dieu est au bout d’un émerveillement que l’on a devant la beauté de la création » (Stan Rougier). Pour illustrer mon propos, j’ai choisi la montagne, qui offre un terrain propice à l’éveil de l’esprit à la beauté du monde. Saint Bernard rappelle qu’« on apprend plus de choses dans les bois que dans les livres : les arbres et les rochers nous enseignent des choses que nous ne saurions entendre ailleurs ». La vie citadine et la culture technologique nous font vite oublier notre appartenance à la terre, et perdre la sensation de ces éléments nécessaires à la vie que nous ne maîtriserons jamais totalement. Heureusement, il y a des lieux qui nous permettent de faire l’expérience d’un silence qui nous habite et nous apaise. La nature nous aide à nous resituer dans notre condition de créature.

Mais la fréquentation de la beauté nous met aussi sur le chemin de Dieu, comme le mentionne St Paul dans l’Épître aux Romains : « ce qu’il y a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers les œuvres de Dieu ».

« L’univers est pétri de beauté, et sa substance est l’amour » disait la philosophe Simone Weil. Son immensité est la manière dont Dieu nous dit qu’il est un être infini, bien plus grand que son œuvre visible, qui pourtant nous dépasse tellement. Au point de l’entendre murmurer : « regarde ce que j’ai fait pour toi ! ».

Qui contemple le monde et fait silence s’ouvre un jour ou l’autre aux questionnements de son âme et à la rencontre avec l’Hôte intérieur qui attend patiemment. On est loin de l’être cérébral qui cherche à tout comprendre par ses raisonnements, et qui risque de passer à côté de ce qui lui est donné gratuitement tous les jours !

J’oserai dire qu’il faut presque tomber amoureux de la création pour devenir amoureux du Créateur. Car Dieu nous attire sans cesse par la beauté du monde et celle des êtres confiés à notre regard et à notre protection, ne l’oublions pas.

§

Pensons à tout ce qui nous émerveille et nous éblouie, ici-bas, nous transperce littéralement, devant le spectacle grandiose du monde crée. Prenons chacun un moment pour faire mémoire du ravissement que nous avons ressenti devant : un océan, une montagne, un ciel, une fleur, des visages humains inoubliables, des regards qui nous ont désarmé de pureté et de douceur ; mais aussi la musique et toutes les créations magnifiques dans lesquelles des instants d’éternité ont épousé un bout de notre temps !

Considérez un instant tout ce que vous trouvez de plus beau, de sublime, de délicat. Puisez dans vos souvenirs, n’ayez pas peur de remonter même loin : il y a nécessairement de très belles choses, des amitiés, des lieux, de très bons moments gravés dans votre mémoire… et peut-être aussi une grande nostalgie…

Et bien, toutes ces choses, ces êtres, ces temps de bonheur qui ont pleinement marqué votre sensibilité et vous ont comblés : multipliez-les par cent mille, et vous obtiendrez une pâle idée de ce que Dieu peut être, et à quel point il doit être beau ! Il est l’Être infini, et nos mots ne peuvent presque rien dire de Lui.

Pourtant, en venant ce soir devant vous, j’ai ressenti un appel à en témoigner à ma manière et avec ma sensibilité.

§

Le psalmiste chante : « mon âme a soif du Dieu vivant : quand Le verrai-je face à Face ? ». C’est la plus grande espérance qui soit : voir Dieu !!! Nous avons été crées pour cela : contempler Dieu durant l’éternité, se sentir attendu, reconnu, recevoir de Lui un amour inimaginable ici-bas ; l’aimer de tout notre être et nous aimer les uns les autres en Lui. On peut méditer cela très longtemps et en être bouleversé, tellement c’est beau !

Vous comprenez, tout cela ne peut être qu’extraordinaire, une fois ôté le voile des apparences de notre condition terrestre ! Car Dieu est le bien le plus grand, ce qui le rend infiniment désirable. Il ne peut être que plus beau que toute sa création, qui déjà nous ravit et nous émerveille, pour peu qu’on se laisse saisir par elle.

§

Mais désirer Dieu, ce n’est pas désirer posséder Dieu. Jamais d’ailleurs on ne peut posséder une personne, encore moins Dieu… Ce désir de Dieu, c’est d’abord se laisser séduire par un être infiniment aimable qui respecte notre liberté, mais ne cesse de nous inviter de mille manières, pour nous combler en plénitude. « L‘Esprit prie en nous par des gémissements ineffables » nous dit l’Écriture (St Paul, Romains 8 v26).

Désirer Dieu, c’est aussi désirer entrer dans la volonté de Dieu, pour accomplir ce qui est bon, beau et vrai, et fait grandir dans la joie, la tendresse, la reconnaissance… Car Dieu aussi a un immense désir : c’est de nous voir heureux, mais debout, c’est-à-dire les pieds sur terre et la tête dans le ciel, puisant sans cesse là-haut la grâce nécessaire pour bien vivre en-bas, et en le faisant humblement, préparer notre demeure éternelle.

Désirer Dieu, c’est donc choisir la vraie vie et le vrai bonheur.

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Imaginons que j’aie rendez-vous avec Dieu demain : serai-je prêt à paraître devant Lui, serai-je prêt à Le recevoir, quel visage aura-t-il pour moi ? Prenons le temps de nous demander, chacun intérieurement, quelle image nous nous faisons de Dieu.

Ensuite, allons puiser dans ce que la foi chrétienne nous a révélé : un Dieu famille : l’Aimant, l’Aimé, l’Amour. Rien n’est plus beau aux yeux de Dieu que l’amour, le don total de soi, car c’est ce qu’il vit dans la Trinité. « Dans la communion du Père et du Fils, chacun offre à l’autre un visage original infiniment distinct de l’autre. Et cette amitié, infiniment féconde, débouche sur le Saint Esprit. Leur vie est relation absolue, don parfait, bonheur infini, et sans aucune possession ».Voilà le visage révélé de Dieu : et pourtant cela reste pour nous un immense mystère… Et ça doit forcément être grandiose, sublime, inimaginable dans notre condition actuelle !

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Il y a deux ans, j’ai découvert les écrits de la mystique Adrienne Von Speyr. Son œuvre est fascinante, mais ce soir, je ne vous lirai qu’un fragment de sa méditation sur l’éternité :

« Celui qui est invité dans l’éternité a la grâce de participer à sa totalité. Cette éternité n’est plus l’espace que Dieu crée pour l’homme, mais le propre espace de Dieu dans lequel Celui-ci invite et accueille l’homme créé.

En présence de Dieu, l’homme perd sa mesure. Non pour en acquérir une autre à sa place, mais pour vivre de la grâce de Dieu dans une plénitude et une infinitude qui dépendent de Lui, pas de nous.

Quelque chose vis-à-vis de quoi notre esprit actuel ne possède aucun moyen de compréhension. Le terrestre demeure symbole et pressentiment. Par rapport à la vie éternelle, nous vivons tous encore dans la promesse… Par la grâce de la rédemption, bien des choses nous sont dévoilées que nous pouvons saisir par bribes, mais qui resteront toujours des paraboles, aussi longtemps que nous ne contemplerons pas la face de Dieu.

Cette vision remplacera tout le reste ; elle donnera à chaque instant d’éternité une plénitude qui dépendra d’elle, rayonnera du Dieu trinitaire, de sorte que le sens se trouve en Lui seul et non en nous ».

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Alors, vous allez me dire : mais ce Dieu infini, ne pouvait-il pas simplement nous créer directement en sa présence et tout nous donner sans même que nous le demandions ? Oui, peut-être ! Mais Il a voulu que nous le cherchions, que nous désirions nous approcher de Lui, et que nous orientions notre liberté pour grandir et pour lui donner quelque chose d’unique, qu’il ne voudra jamais obtenir de force : le don de nous-mêmes ! Ainsi Dieu pourra nous dire : « tu m’as donné quelque chose. Je ne me contente pas de te rassasier, je le fais en réponse à ce que tu m’as donné, pour te remercier de l’avoir donné, alors que tu pouvais le refuser ! ». C’est le seul prix qu’il nous demande, la condition d’un amour partagé, source du vrai bonheur.

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La Bible enseigne que celui qui voit Dieu doit mourir. Car Dieu est irrésistible, c’est pourquoi Il demeure caché durant le temps de notre liberté. Mais il nous fait signe sans cesse, et nous donne parfois des moments de transfiguration. Personnellement, j’ai eu la chance de vivre quelques instants très intenses dans ma vie, comme si le ciel s’ouvrait soudain pour infuser un peu de plénitude dans mon âme assoiffée, avec un désir indicible d’aimer, d’être aimé, et de vivre en plénitude ! Les mots sont impuissants à décrire cela.

Cette la contemplation profonde et intérieure du mystère de Dieu livre l’âme à l’extase… mais aussi à la désolation, comme le notait St Jean de la Croix. On notera ici que dans l’Évangile, l’épisode lumineux de la Transfiguration de Jésus se termine dans une ombre épaisse ; mais une voix du Ciel rassure les trois apôtres : « Celui-ci est mon Fils bien aimé : écoutez-Le ! ». Ainsi, le Père nous rappelle que celui qui marche en suivant son Fils n’a pas à avoir peur des ténèbres, extérieures comme intérieures.

Ombres

La père Molinié disait : « Toute nature innocente est portée à louer Dieu, à s’offrir à Lui et à se perdre en Lui. Seulement, nous ne comprenons plus cet amour, parce que nous avons perdu l’innocence ».

La perte de l’innocence et de l’intériorité

Dans son dernier livre Osez désirer Tout, Denis Marquet affirme que « si notre désir est insatiable, nous cherchons souvent en priorité ce qui est secondaire. Nous sommes tendus vers des objets extérieurs (personnes, biens, situations) que nous convoitons sans cesse, ou bien raidis contre ce qui nous effraie dans le monde. Si nous désirons sans limite, c’est que nous désirons l’infini ». Et lorsque nous cherchons à combler par des biens finis un désir infini, nécessairement nous sommes frustrés et nous souffrons ».

De plus, chacun peut constater en lui un écart entre la pauvre intensité de sa vie présente et la flamme de son désir de vivre. Saint Paul va plus loin : « le bien que je désire, je ne le fais pas, mais le mal que je voudrais ne pas faire, je le fais ». « Cela met en évidence une différence entre notre nature et notre condition. Et c’est de cette différence dont nous souffrons. « Notre âme, mais aussi notre corps, sont en manque de Dieu dans le désert du monde, comme l’assoiffé manque d’eau. Et notre désir, brûlant de l’infini, reste notre seul lien sensible à l’infini divin » (D. Marquet).

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Alors, pourquoi cela ? Dans le premier chapitre de la Genèse, Dieu dit « faisons l’être humain à notre image, comme notre ressemblance ». « Dieu crée donc un être qui est comme Dieu, mais il n’est pas Dieu. Nous recevons notre être : Dieu donne le sien. Acceptant sans réserve de recevoir sa vie de Dieu, l’homme vit d’une vie sans limite et innocente. Or, le texte nous dit que « la première décision prise par l’être humain fut de se séparer de la source de vie, dans le but de se faire origine de soi ».

Tenté de croire qu’il lui manque quelque chose pour être comme Dieu, l’être humain se laisse abuser, alors qu’il ne lui manque rien ! En succombant à ce mensonge, il découvre le bien et le mal, et cela modifie son être et sa perception de tout de manière tragique. Il perd l’innocence et l’intériorité, et la vie divine en lui. Ses désirs désordonnés sont une forme dégradée de sa faim de plénitude. Il découvre la honte et le sentiment insupportable de la culpabilité, qu’il va transférer sur autrui à travers le jugement, la condamnation et la violence » (D. Marquet). De là, le mal va se répandre dans le monde. “Et quand il scrute le fond de son cœur, que trouve-t-il ? La peur… Car, il cherche désormais inlassablement la source de son être et l’infini perdu.

A l’être humain tombé, il faudra une réconciliation avec par le Père, manifestée dans la croix du Christ, pour retrouver cet amour infini dont il reçoit l’être dans l’Esprit Saint, et être pleinement restauré dans sa dignité et son intériorité. C’est cela, le rédemption ! On en parlera bientôt.

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« Dès notre naissance, nous sommes placés en orbite de vie éternelle », disait Daniel Ange. Mais elle commence par la nuit de l’épreuve de la liberté et donc de la fidélité. Or, aussi brillante que soit la lumière qui éclaire notre nuit, elle ne la fait pas disparaître complètement. Et si nous cheminons dans la foi, et parfois dans le doute, et il y a des épaisseurs de brouillard dont les plus grands saints n’ont pas été épargnés. Je me souviens du jour où j’ai appris que Mère Teresa avait connu ce doute profond durant de nombreuses années… Personne ne le voyait pourtant, elle dont l’amour auprès des pauvres était si intense….

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Mère Teresa disait que « le visage de Dieu nous est donné à voir dans les personnes que nous rencontrons ». Dans la pureté du sourire d’un enfant innocent, dans la beauté éclatante d’une jeune femme ou d’un jeune homme, dans la bonté d’un être devenu transparent de Dieu. Mais aussi dans l’humanité défigurée de ceux qui souffrent, et même des plus grands pécheurs, en qui nous pouvons dans la foi ressentir l’agonie de Jésus.

Prenons un moment en silence pour penser à nos souffrances, à celles de nos proches, à celles du monde entier.

Pensons aussi à nos manques d’amour, nos lâchetés, notre indifférence… tout ce en quoi nous sommes complices de la misère du monde.

Mais pensons aussi à la lourde croix que Jésus a portée pour nous, si lourde qu’il est tombé trois fois.

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Seul l’amour entre en vie éternelle

Avouons qu’ « on a du mal à croire à cet amour fou de Dieu pour nous, et peut-être même qu’on en a peur. On peut même penser que la Bible ne nous aide pas quand elle dit de craindre Dieu. Mais tous les saints et les mystiques ont expliqué que cette crainte est celle de blesser le cœur de Dieu qui nous aime tant, pas celle d’un châtiment.

Pour chasser l’ombre de la peur, il nous faut apprendre à désirer Dieu en l’aimant de tout notre cœur et en s’abandonnant à Lui comme un tout petit enfant. N’étant pas innocents, il nous faut consentir à accepter les purifications nécessaires à notre cheminement ultime vers Lui. Jésus nous dit bien dans les Béatitudes : « heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ! ».

C’est le purgatoire, ici ou après la mort, pour nous séparer de tout ce qui nous a partiellement rendus laids, abîmés, a opacifié notre regard, nous empêchant d’accueillir pleinement la vie divine qui vient se donner à nous, et qui n’est qu’amour, tendresse, lumière.

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…Mais il y a bien sûr la possibilité du refus définitif. Difficile de ne pas l’évoquer, mais en tremblant…

L’épître de St Paul aux Hébreux signale qu’« il est redoutable de tomber entre les mains du Dieu vivant ». L’auteur veut dire qu’il est certainement redoutable d’affronter le jugement de Dieu sans s’être repenti, sans avoir appris à le faire…

Et puis, il y a ces deux paroles de Jésus :

« A quoi sert-il à un homme de gagner la Terre entière s’il vient à le payer de sa vie ? » (Math 16 v26)

« Tout péché sera pardonné aux hommes… Mais pas le péché contre le Saint-Esprit » (Math 12)

On peut comprendre que si Dieu est le plus grand bonheur de l’homme, la séparation définitive d’avec Lui par un refus obstiné de sa Miséricorde pourrait constituer le plus grand malheur ! Jésus es venu pour nous sauver de cela, pour nous arracher à des ténèbres qui peuvent être terribles.

Rédemption

Nous vivons sur Terre une condition temporelle qui implique une succession d’états de conscience qui ne se totalisent pas. Nous n’avons pas une vision immédiate de la totalité de notre être. De fait, nous ne sommes pas toujours lucides dans les choix que nous faisons. Au Ciel, ce ne sera plus le cas, car non seulement nous éprouverons la plénitude de notre conscience (dès le passage de la mort), mais Dieu dilatera notre âme aux dimensions de son Amour et à notre capacité à Le recevoir. C’est pour cela que nous pouvons grandir dans l’amour, sur la Terre (appelez cela notre mérite, si vous le voulez) : pour permettre à Dieu de nous rendre le plus débordant possible de bonheur devant Lui. J’ai tenu à rappeler ici cet enseignement peu connu de Marie-Dominique Moliné, qui précise que les anges n’ont pas eu cela. C’est prodigieux d’y penser… et on se sent naturellement dépassé… certainement parce qu’on ne se sait pas encore prêt !

Alors, par quoi commencer ?

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Il nous faut accepter d’être sauvés

Prends contact avec ton âme : c’est là que tu vas rencontrer en premier le Seigneur ton Dieu. Dieu veut passer dans les profondeurs où l’homme souffre et où il se sent perdu. Après avoir envoyé son Fils, Il continue son œuvre de manière visible et invisible. Son Esprit souffle au cœur de l’homme, et ceux qui l’accueillent en se mettant en marche deviennent les témoins visibles de sa tendresse, en même temps qu’ils se laissent transformer et purifier. « Les saints commettent la folie de recevoir l’Évangile en pleine figure, et c’est par ce qu’ils le reçoivent ainsi qu’ils deviennent des saints » (M.D. Molinié). Parfois, cela peut-être instantané, radical, comme pour St Paul ou Charles de Foucauld. Ce qui compte, en définitive, c’est notre entrée progressive dans une intimité avec le cœur de Jésus qui ne finira pas.

Laissons-nous réconcilier avec le Christ ! Nos fautes sont une goutte d’eau par rapport à l’océan de la Miséricorde de Dieu. Mais il est nécessaire que nous ayons le regret de ce que nous avons fait de mal, comme le fils prodigue revenant vers son papa pour lui dire « Père, j’ai péché contre le Ciel et contre toi » . On connaît la suite : la Miséricorde se déverse sur lui abondamment… Il ne s’y attendait pas. Belle image donnée par Jésus de ce qui nous arrive quand nous savons redevenir petits et revenir vers lui…

A notre humble prière « mon Dieu, libérez-moi du poids de moi-même, du poids de mon péché », le Seigneur nous offre les torrents d’eau vive qui coulent du Fils en Croix pour nous laver, nous purifier, nous abreuver. Il nous dit : « Je pardonne et j’oublie toutes tes offenses ! Désormais, viens à ma vigne, suis-moi, tu ne le regretteras pas ! ».

§

Suivre Jésus et abandonner le jugement

Dans l’Évangile, le Christ propose deux voies radicales pour le suivre :

– 1) réorienter notre désir, ce qui va nous délivrer du péché (orgueil, convoitise, toute puissance) et de ses conséquences : « cherchez d’abord le règne et la justice de Dieu, le reste vous sera donné par surcroît ». Tel est le trésor que Jésus désigne dans la parabole de l’homme qui achète le champ après avoir vendu tout ce qu’il a, c’est-à-dire s’être libéré du superflu.

– 2) abandonner l’image du Dieu tribunal : « gare à Dieu au bureau des cieux ! » qui a tant défiguré et abîmé son Visage dans les esprits. Et en même temps, sortir de l’impasse du jugement : sur nous-mêmes d’abord, puis sur les autres. « Ne jugez pas, et en aucune façon vous ne serez jugés » dit Jésus. Celui qui se confie en lui n’est pas jugé.

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C’est ainsi que Dieu nous sauve : par sa bonté qui nous délivre du mal, et par une invitation à le suivre, à demeurer en sa présence, et à oublier le jugement. C’est ce qu’opère le sacrement du pardon ! Jésus nous restaure dans l’amitié avec le Père et nous donne son Esprit pour grandir dans l’amour et rester fidèle chaque jour. Et chose extraordinaire, il nous dit dans l’Évangile qu’il n’y a pas de limite à la capacité de Dieu à pardonner… et il nous invite à faire de même. « La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure ».

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Efforçons nous de toujours privilégier la bonté : un cœur bon touche en profondeur et fait du bien ! Pensons à ces êtres bons que nous avons côtoyés, et souvenons-nous de quelle manière ils nous ont accueilli, réconforté, aimé, ne serait-ce qu’un instant de notre vie ! C’est cela la bonté : ne parle-t-on pas du Bon Dieu ? Ça donne envie de vivre mille fois, parce qu’on sent bien que c’est cela qui compte vraiment !

Et bien, Jésus veut que nous devenions comme Lui : parfaitement bons, les uns avec les autres. Que la dureté en nous disparaisse, que notre cœur devienne liquide. Charles de Foucauld exprimait cela : « ayez au fond de l’âme gravé profondément ce principe d’où tout découle : que tous les hommes sont vraiment, véritablement, frères en Dieu, leur Père commun ; et qu’il veut qu’ils se regardent, s’aiment, se traitent en tout comme des frères les plus tendres ». C’est le grand commandement du Christ : « aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jésus).

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Le monde a plus que jamais besoin de recevoir la miséricorde de Dieu

Le père disait récemment qu’«il faut descendre profondément dans le cœur de l’homme et lui donner l’indulgence de Dieu » (Michel-Marie Zanotti-Sorkine). Oui, l‘essentiel est de pouvoir faire l’expérience de l’amour de Dieu au moins une fois dans sa vie ! Et cela change tout, à l’image de Charles de Foucaud suite à sa bouleversante « rencontre » avec ce Dieu tant combattu par lui. Le secret de l’Évangile, c’est ce mystère insondable de la miséricorde de Dieu. Car Il nous a aimés, et nous savons où cela l’a conduit : « dans ce monde, celui qui aime jusqu’au bout est condamné à mourir » (Molinié). Ainsi, Dieu voulu donner aux hommes qui doutent toujours un signe fort et définitif de son amour infini. « Ce n’est pas pour rien que je t’ai aimée » dira Jésus à Angèle de Foligno.

Oui, nous sommes des êtres de misère, limités, paresseux, pécheurs… Mais nous portons tous, en nous, un désir immense de connaître Dieu. Et rien ni personne d’autre que Lui ne viendra combler parfaitement nôtre être. Et si nous comprenions à quel point nous sommes aimés, nous pleurerions de joie ! En raison même de cet amour, on ne peut dire de personne qu’il est insignifiant, puisqu’il est appelé à voir Dieu sans fin !

Et pour aller encore plus loin, la fraternité humaine se vit aussi dans ce qu’on appelle « la communion des saints ». C’est une chose fantastique, là encore peu enseignée : les grâces de Dieu traversent le temps et l’histoire des hommes : la communion des âmes est une réalité sublime, grandiose, de notre interdépendance dans l’amour. Nous nous plaçons ici dans le temps de Dieu qui est un éternel présent. Passé, présent et futur sont toujours devant Dieu. Cela veut dire clairement que le rayonnement d’une vie humaine peut dépasser, par son union au Christ, cette vie même. Les mérites de Jésus s’appliquent d’avance à Marie, sa mère. Mais il en est de même pour toutes les grâces qui, je le répète, traversent le temps, dans les deux sens. N’ayons pas peur d’offrir nos vies et de recevoir au centuple !

§

Le purgatoire (texte de Sainte Thérèse de Lisieux)

« Dieu ne veut pour aucun de nousle passage par le purgatoire. Il veut au contraire nous voir quitter la Terre entièrement purifiés, dans l’abandon du petit enfant prodigue et repentant qui, après s’être endormi tout simplement dans les bras de son père, s’éveille aussitôt dans la lumière du Ciel et s’élance ainsi sans retard dans l’éternel embrasement de l’amour miséricordieux ».

Elle disait à une sœur : « vous avez trop peur du bon Dieu, je vous assure qu’il en est affligé ! On obtient tout de Dieu autant qu’on espère en Lui. Ne pas oser tout demander à Dieu, c’est le prendre pour moins qu’Il est. Il ne faut jamais mesurer la puissance divine à nos courtes pensées. C’est méconnaître la bonté infinie de Dieu et restreindre ses désirs et ses espérances. Oui, il attend de nous la prière pour révéler ce qu’Il est : toute tendresse et toute puissance à la fois. Dieu mesure toujours ses dons à notre confiance”.

Et elle ajoute ceci : « le jugement, n’est rien d’autre que ce regard de Dieu nous donnant tout, en réponse à nos fautes et au-delà de nos fautes, en sorte que nous sommes jugés par nous-mêmes selon l’accueil que nous réservons à cet Amour imprévisible.

Si vous voulez de la Miséricorde, vous aurez de la Miséricorde ; si vous voulez de la Justice, vous aurez de la justice : on obtient de Dieu ce qu’on en attend !».

§

En définitive, il faut que nous choisissions de poser un acte de foi et d’abandon en la Miséricorde divine : un acte libre, humble et libérateur, ouvrant grand « la porte étroite » dont parle la parabole évangélique. Étroite, non pas du côté de Dieu (elle est tellement ouverte !), mais du nôtre, qui a la capacité de s’enfermer… ou de s’ouvrir.

Alors, il nous est donné de pouvoir grandir jour après jour dans la confiance, et de préparer le visage glorieux que nous aurons pour l’éternité, visage reçu pleinement de Dieu selon notre amour ici-bas. Nous y serons transparents de Lui, tel le vitrail laissant passer la lumière. Mais nous lui aurons donné ses couleurs uniques : l’amour de notre vie.

Épilogue

Celui qui expérimente le regard de Dieu sur lui, à partir de la bonté d’un seul être humain qui le touche, celui-là peut bâtir sur ce qu’il a reçu, et devenir capable à son tour de communiquer cette tendresse de Dieu, ce sourire de Dieu, pour faire passer l’invisible dans le visible. Que c’est beau !

Pourtant, Dieu est cent millions de fois plus beau que ce que j’ai pu en dire ce soir ! « La transcendance, c’est quelque chose tout de même ! Que peut-on en dire avec nos pauvres mots ? » (Stan Rougier)

« Et en même temps, ce Dieu, c’est le plus faible, le plus fragile, le plus tendre, le plus ouvert, le plus accueillant » (Stan Rougier). Il nous fait confiance et nous dit « j’ai besoin de toi, marche en ma présence, va vers tes frères, commence par les pauvres, ceux qui n’ont jamais vu à quel point la création est splendide, et ceux qui doutent d’être aimés. Aime, donne-toi, et tu vivras ! »

Nous serons tous surpris quand nous verrons Dieu ! Alors, partons le cœur confiant, joyeux d’annoncer à tous nos frères et sœurs qui crèvent la faim de Le connaître, ce Dieu consolant qui nous prépare une place.


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