De beaux textes bibliques et de sages pensées de Molinié, Zundel, Thibon, Mauriac et Bobin vont nous guident dans l’exploration des profondeurs de l’amour.

“Rien n’a d’importance que l’amour” écrivait Maurice Zundel3. S’il y a bien une chose infinie en l’homme, c’est ce profond désir d’être aimé et d’aimer, d’atteindre une plénitude de vie dont on a parfois l’intuition et le goût ! Car “celui qui aime connaît Dieu”, nous dit Saint Jean1. Et « croire, c’est reconnaître que nous sommes aimés ! », selon le joli mot de François Mauriac. L’important, c’est donc, avant toutes choses, de se savoir connu et aimé de Dieu.

Laissons-nous surprendre par les mots que nous livre la Bible, où les plus belles images de l’amour de Dieu pour nous sont données par des comparaisons nuptiales ! Il faut lire avec un coeur de jeune amoureux des passages du “cantique des cantiques”, par exemple, pour ensuite comprendre ce que veulent dire ces mots: Dieu épouse notre l’humanité en son Fils, et l’Eglise à la suite de Marie devient l’épouse du Saint Esprit… Cela veut nous dire de grandes choses, qu’on oublie bien souvent.

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Maurice Zundel3 (encore lui) disait que “le mystère de la vie se reflète dans le regard de l’amour”. Le regard ! C’est par lui souvent que toute amitié ou tout amour commence. Il y a des regards qui ouvrent au mystère d’une présence qui dépasse le corps. Car, là où il y a un corps, il y a présence d’esprit : il y a une personne qui sera toujours plus que son corps, fût-il sublimement beau et désirable ! Mais le corps est aussi promesse d’amour ! Rappelons-nous ce qu’enseigne le texte de la Genèse :

« Au commencement…homme et femme, Il les créa, à son image ; et il vit que cela était bon ».
C’est à dire à la fois beau et bien, car:

Ils sont bénis dans leur âme car ils sont faits pour s’aimer, pour aimer et connaître Dieu,
Ils sont bénis dans leur corps qui fait le ravissement de l’autre,
Ils sont bénis dans leur union car ils peuvent donner la vie !

En Dieu, la différence est source de vie, et elle est infinie. Dans notre humanité, homme et femme en sont le signe ! Et naturellement, la vie humaine ne peut se donner et se transmettre que par l’amour et l’union de deux êtres différents. D’où la sexualité, qui est en même temps une merveilleuse image du bonheur de dépendre… Par le don et l’accueil réciproques, les époux s’aiment et sont capables de donner une nouvelle vie, qui est l’image du Saint Esprit, courant d’amour et communion parfaite entre le Père et le Fils.
On voit donc que la source de l’amour humain ne vient ni de l’homme, ni de la femme, mais de Dieu même, qui seul peut le mener à son plein épanouissement. La famille est donc une image de la trinité, et elle est belle, et c’est ce qui fonde son immense valeur et ses droits inaliénables. “Naître à ce monde, c’est être mis en orbite de vie éternelle!”, comme le rapelle avec humour Daniel Ange. En effet, tout être humain a une âme immortelle, et il est appelé à la vie non seulement par un désir d’homme, mais surtout par un don spirituel du Créateur. Protéger l’amour humain, c’est préserver la prunelle de la création !

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Si l’on veut bien y prêter attention, tout vécu authentique de l’amour ainsi que toute la tradition chrétienne et biblique nous poussent à comprendre au plus profond de notre coeur et de notre esprit que :

L’amour désire infiniment dépendre,
l’amour désire infiniment se donner,
l’amour désire infiniment s’unir,
l’amour désire infiniment être reçu.

L’amour désire infiniment le bonheur de l’être aimé,
l’amour respecte l’autre infiniment,
l’amour rend l’autre infiniment libre !

L’amour fait sans cesse du neuf,
l’amour est toujours jeune,
l’amour ne se lasse pas d’aimer,
L’amour triomphe de tout,
L’amour seul entre en vie éternelle !

Et puisque Dieu est éternellement jeune, et que seul Dieu peut sonder les profondeurs de Dieu, l’éternité n’épuisera pas son amour pour nous, de même que nous ne nous épuiserons pas à l’aimer en retour et à contempler ses merveilles infinies, dans une communion enfin pleinement réalisée avec tous nos frères et soeurs. Alors, n’ayons pas peur de l’éternité, désirons-là ardemment : on ne s’en lassera pas. Notre vie est déjà tendue vers l’infini !

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J’aime ce mot de Christian Bobin5: “l’esprit d’enfance est toujours neuf, n’entasse rien, ne bâtit rien ; il repart toujours au début du monde, aux premiers pas de l’amour. Il voit à la mesure de son espérance”.

Ayons foi en l’amour, espérons en l’amour, vivons dans l’amour ! “Cette vie intérieure n’est rien d’autre que l’intérieur de la vie ! Si nous avons ce désir de plénitude dans le coeur, alors cherchons, et nous trouverons”2. Tout peut changer dans un coeur qui accueille la tendresse de l’amour, même au dernier souffle de sa vie…

La foi, l’espérance, l’amour ! Tout est dit ! Puissent les chrétiens cultiver particulièrement ces trois fleurs, dont on sait certes que seule la troisème demeurera en vie éternelle. Mais sans le parfum des deux premières, rien sur Terre ne peut donner de belles senteurs à la troisième…

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“Dans le véritable amour, c’est l’âme qui enveloppe le corps. L’amour des époux, pour être vraiment de l’amour, et non une duperie de l’instinct, doit être aussi une amitié. L’instinct seul conduit à l’isolement. Les bêtes se recherchent et s’accouplent, mais psychiquement, elles restent totalement imperméables l’une à l’autre. Quand on aime réellement quelqu’un, on désire partager avec lui ce qu’on a de meilleur. Ainsi, l’amitié va à la rencontre de l’être aimé, vit de sa vie, épouse son âme. Et par là, elle détruit la solitude intérieure qui affecte les êtres que l’instinct seul rapproche. La vie à deux rend à chacun des époux le plus grand service que puisse recevoir un être unilatéral : être sauvé de lui-même”4. C’est pourquoi elle est chemin de sainteté.

Mais l’amour humain a ses aridités et ses nuits. “Les limites et les fragilités de ceux qui s’aiment sont le creuset hors duquel l’amour n’est pas vécu mais rêvé. Bien souvent, l’amour ne trouvera son centre définitif que derrière l’épreuve affrontée et vaincue. Parvenu là, il goûtera à la richesse, à la pureté éternelle de la créature pour laquelle il s’est donné. Car si la créture est terriblement bornée en surface, elle est infinie en profondeur, elle est profonde jusqu’à Dieu”6.

Thérèse de l’Enfant-Jésus nous dit que ce n’est qu’au Ciel qu’on aimera vraiment. Si fort que soit le don qu’on puisse faire de soi aux autres, s’il n’y a pas accueil et réciprocité parfaits de leur part, alors l’amour est comme blessé, incomplet. Aimer devient alors force morale, vertu et mérite. Ou mieux encore : miséricorde, en acceptant de porter (un peu !) le poids de la souffrance de ceux qui ont mal, ou encore de ceux qui aiment moins.

“Si les époux conservent éternellement des âmes de fiancés, la possession approfondira pour eux la virginité. Plus ils seront l’un à l’autre, plus ils auront faim l’un de l’autre, d’un désir qui exalte et transfigure. Comment cet amour pourrait-il tarir, puisqu’ils ont été crées et unis pour se donner Dieu l’un à l’autre ? Ainsi, la vie à deux s’épanouit et s’infinitise dans une prière unique…”4

 

1Saint Jean, 1 Jean 4, 16-21

2Marie-Dominique Molinié, “Prisonniers de l’Infini”

3Maurice Zundel. Il faut lire et faire lire Zundel aux générations actuelles ! C’est du feu !

4Gustave Thibon ,« Ce que Dieu a uni »

5Christian Bobin, “le Très-bas”

6Osée, “Merveilles du mariage”