L’enfant précoce, cet inconnu

Voici une page consacrée à ceux qu’on appelait encore il n’y a pas si longtemps « surdoués », puis « précoces » – appellation désormais remplacée par « à haut potentiel », ou « en décalage ». Si tu en connais autour de toi, si toi-même, peut-être, tu l’as été, tu vas les reconnaître, ou te reconnaître. Car l’adulte conserve la plupart des traits de l’enfant.

«Ce sont des enfants dont l’intelligence n’est pas seulement différente en termes de QI, mais aussi en termes d’organisation et d’émotions» (Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, auteur de L’Enfant surdoué. L’aider à grandir, l’aider à réussir, Ed. Odile Jacob). Les «enfants à haut potentiel» – sont comme dotés d’office d’un ordinateur de dernière génération et du haut débit, là où les autres disposent de connexions plus classiques et d’un matériel plus modeste. «Ils ont une architecture cérébrale différente, mais c’est surtout le fonctionnement qui est original, en raison de l’hyperconnectivité des réseaux neuronaux, ajoute la psychologue. La pensée est plus créatrice, plus complexe, plus intriquée avec l’affectif, mais elle est aussi plus difficile à organiser, à structurer».

Les parents ne s’en rendent pas toujours compte tout de suite et le diagnostic peut même tomber lorsqu’un enfant (surdoué méconnu) est en échec scolaire, ce qui arrive tout de même à un sur trois. «Le cliché auquel on se heurte le plus souvent, tant dans l’Éducation nationale que du côté des professionnels de santé, c’est de penser qu’un enfant à haut potentiel est forcément en réussite scolaire», insiste le Dr Sylvie Tordjman.

Entre intelligence et émotion

La moyenne statistique de l’intelligence mesurée par le quotient intellectuel (QI) est de 100. Un surdoué possède par définition un QI d’au moins 130. On estime que c’est le cas de 2,2 % de la population, mais les spécialistes préfèrent désormais parler de différents types d’intelligence : langagière, logico-mathématique, spatiale, musicale, somato-kinesthésique, inter-individuelle, introspective. Et chaque enfant présente à la fois des zones de compétence et des zones de fragilité. Impossible de réduire l’enfant à un chiffre !

« L’enfant surdoué pense dans un système différent. Sa forme particulière d’intelligence le pousse à aller jusqu’au bout des choses. Comme il comprend vite, il va donc avoir rapidement un avis, une pertinence de raisonnement, un sens critique très développé. Ce n’est pas une volonté de tenir tête ou d’avoir le dernier mot, mais la quête de sens constitue l’essence de sa pensée. Recherche sur les origines de la vie, de sa vie, de sa famille, de l’univers, goût pour la préhistoire, l’histoire, la métaphysique. Il faut qu’il ait raison et qu’il comprenne, que ce soit vrai. Mais cela peut gêner, voire agacer l’entourage !

Il a besoin de nourrir en permanence son intelligence et sa mémoire, et a souvent du mal à reconnaître s’être trompé lorsque cela arrive, d’autant qu’il court souvent après une inaccessible perfection. Lui qui a besoin de tout maîtriser, voit tout à coup les limites de son intelligence.

Son intuition est toujours active, et ses résultats parfois étonnants, car il perçoit souvent les prémices des événements. De même son émotivité et sa créativité le poussent à une pensée divergente, et à des digressions, ou des distractions de pensées qui l’empêchent souvent de focaliser son attention, par exemple en classe. Il vit beaucoup dans l’imaginaire, l’abstrait.

Une sensibilité aiguë

A côté de leurs aptitudes intellectuelles supérieures à la moyenne, il est une autre particularité de ces enfants souvent ignorée : leur hypersensibilité et leur réactivité émotionnelle. «Ce sont des enfants chez qui une broutille peut déclencher un cataclysme émotionnel. Ils ont souvent du mal à se comprendre, sont capables de très grandes colères, car ils ont des désirs énormes, et quand la réalité ne correspond pas, ils se bloquent, s’effondrent, ou passent à la colère, plus que d’autres enfants de leur âge. Mieux que les autres ils comprennent l’intensité de leur souffrance ou de leur bonheur, et ils souffrent vivement du manque d’affection.

L’enfant précoce souffre particulièrement de ses échecs, dont il a peur plus que les autres enfants. Il expérimente une dyssynchronie entre les possibilités de son intelligence et son pouvoir pratique sur les choses qu’il ne maîtrise pas toujours. Cela lui confère une personnalité très contrastée qui empêche son entourage d’en avoir une image objective. »

Ainsi, il se sent souvent en décalage, comme « isolé des autres » et cela use en lui son capital confiance. Ajouté à sa soif de perfection, son émotivité le fragilise. Pour s’intégrer à un groupe, il sera tenté de se construire un personnage. Cette façon d’étouffer sa personnalité peut le conduire plus tard à déprimer.

Il capte aussi la moindre variation du monde qui l’entoure et a une empathie qui peut même être envahissante», souligne Jeanne Siaud-Facchin. D’autant qu’il est aussi très sensible à l’injustice, d’une curiosité insatiable, aime faire plusieurs choses à la fois, a une mémoire exceptionnelle, déborde d’énergie et, souvent, n’a pas besoin de beaucoup de sommeil. De quoi agacer, en effet. «Cet enfant questionne toutes les règles», remarque aussi le Dr Tordjman. Autant par soif de comprendre que pour le plaisir intellectuel de l’échange. Si ses parents savent le comprendre et l’accompagner, il saura cependant tirer profit de ce parcours chaotique. Sinon, il regrettera plus tard de ne pas avoir trouvé d’adultes pour le comprendre et le guider.

Chance ou handicap ?

Notre vie n’est jamais écrite dans nos dons et nos prédispositions. Mais celui qui a reçu beaucoup peut et doit donner beaucoup. Encore faut-il du temps pour apprendre à se connaître, à s’accepter, et de l’amour pour trouver sa vraie place auprès des autres et dans ce monde. Et puis, l’Esprit vient à notre aide très souvent dans notre vie. Toute chance d’une main tendue est à saisir. Si l’intelligence nous conduit plus loin, dans des chemins de contemplation fantastiques, demandons au Seigneur de nous aider à les partager avec nos frères, avec notre sensibilité, sans orgueil, par pure gratuité, joyeux de mettre nos talents et notre « âme d’aventure » au service de ce monde en orbite de vie éternelle !

 

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    L’enfant précoce, cet inconnu

    Voici une page consacrée à ceux qu’on appelait encore il n’y a pas si longtemps « surdoués », puis « précoces » – appellation désormais remplacée par « à haut potentiel », ou « en décalage ». Si tu en connais autour de toi, si toi-même, peut-être, tu l’as été, tu vas les reconnaître, ou te reconnaître. Car l’adulte conserve la plupart des traits de l’enfant.

    «Ce sont des enfants dont l’intelligence n’est pas seulement différente en termes de QI, mais aussi en termes d’organisation et d’émotions» (Jeanne Siaud-Facchin, psychologue clinicienne, auteur de L’Enfant surdoué. L’aider à grandir, l’aider à réussir, Ed. Odile Jacob). Les «enfants à haut potentiel» – sont comme dotés d’office d’un ordinateur de dernière génération et du haut débit, là où les autres disposent de connexions plus classiques et d’un matériel plus modeste. «Ils ont une architecture cérébrale différente, mais c’est surtout le fonctionnement qui est original, en raison de l’hyperconnectivité des réseaux neuronaux, ajoute la psychologue. La pensée est plus créatrice, plus complexe, plus intriquée avec l’affectif, mais elle est aussi plus difficile à organiser, à structurer».

    Les parents ne s’en rendent pas toujours compte tout de suite et le diagnostic peut même tomber lorsqu’un enfant (surdoué méconnu) est en échec scolaire, ce qui arrive tout de même à un sur trois. «Le cliché auquel on se heurte le plus souvent, tant dans l’Éducation nationale que du côté des professionnels de santé, c’est de penser qu’un enfant à haut potentiel est forcément en réussite scolaire», insiste le Dr Sylvie Tordjman.

    Entre intelligence et émotion

    La moyenne statistique de l’intelligence mesurée par le quotient intellectuel (QI) est de 100. Un surdoué possède par définition un QI d’au moins 130. On estime que c’est le cas de 2,2 % de la population, mais les spécialistes préfèrent désormais parler de différents types d’intelligence : langagière, logico-mathématique, spatiale, musicale, somato-kinesthésique, inter-individuelle, introspective. Et chaque enfant présente à la fois des zones de compétence et des zones de fragilité. Impossible de réduire l’enfant à un chiffre !

    « L’enfant surdoué pense dans un système différent. Sa forme particulière d’intelligence le pousse à aller jusqu’au bout des choses. Comme il comprend vite, il va donc avoir rapidement un avis, une pertinence de raisonnement, un sens critique très développé. Ce n’est pas une volonté de tenir tête ou d’avoir le dernier mot, mais la quête de sens constitue l’essence de sa pensée. Recherche sur les origines de la vie, de sa vie, de sa famille, de l’univers, goût pour la préhistoire, l’histoire, la métaphysique. Il faut qu’il ait raison et qu’il comprenne, que ce soit vrai. Mais cela peut gêner, voire agacer l’entourage !

    Il a besoin de nourrir en permanence son intelligence et sa mémoire, et a souvent du mal à reconnaître s’être trompé lorsque cela arrive, d’autant qu’il court souvent après une inaccessible perfection. Lui qui a besoin de tout maîtriser, voit tout à coup les limites de son intelligence.

    Son intuition est toujours active, et ses résultats parfois étonnants, car il perçoit souvent les prémices des événements. De même son émotivité et sa créativité le poussent à une pensée divergente, et à des digressions, ou des distractions de pensées qui l’empêchent souvent de focaliser son attention, par exemple en classe. Il vit beaucoup dans l’imaginaire, l’abstrait.

    Une sensibilité aiguë

    A côté de leurs aptitudes intellectuelles supérieures à la moyenne, il est une autre particularité de ces enfants souvent ignorée : leur hypersensibilité et leur réactivité émotionnelle. «Ce sont des enfants chez qui une broutille peut déclencher un cataclysme émotionnel. Ils ont souvent du mal à se comprendre, sont capables de très grandes colères, car ils ont des désirs énormes, et quand la réalité ne correspond pas, ils se bloquent, s’effondrent, ou passent à la colère, plus que d’autres enfants de leur âge. Mieux que les autres ils comprennent l’intensité de leur souffrance ou de leur bonheur, et ils souffrent vivement du manque d’affection.

    L’enfant précoce souffre particulièrement de ses échecs, dont il a peur plus que les autres enfants. Il expérimente une dyssynchronie entre les possibilités de son intelligence et son pouvoir pratique sur les choses qu’il ne maîtrise pas toujours. Cela lui confère une personnalité très contrastée qui empêche son entourage d’en avoir une image objective. »

    Ainsi, il se sent souvent en décalage, comme « isolé des autres » et cela use en lui son capital confiance. Ajouté à sa soif de perfection, son émotivité le fragilise. Pour s’intégrer à un groupe, il sera tenté de se construire un personnage. Cette façon d’étouffer sa personnalité peut le conduire plus tard à déprimer.

    Il capte aussi la moindre variation du monde qui l’entoure et a une empathie qui peut même être envahissante», souligne Jeanne Siaud-Facchin. D’autant qu’il est aussi très sensible à l’injustice, d’une curiosité insatiable, aime faire plusieurs choses à la fois, a une mémoire exceptionnelle, déborde d’énergie et, souvent, n’a pas besoin de beaucoup de sommeil. De quoi agacer, en effet. «Cet enfant questionne toutes les règles», remarque aussi le Dr Tordjman. Autant par soif de comprendre que pour le plaisir intellectuel de l’échange. Si ses parents savent le comprendre et l’accompagner, il saura cependant tirer profit de ce parcours chaotique. Sinon, il regrettera plus tard de ne pas avoir trouvé d’adultes pour le comprendre et le guider.

    Chance ou handicap ?

    Notre vie n’est jamais écrite dans nos dons et nos prédispositions. Mais celui qui a reçu beaucoup peut et doit donner beaucoup. Encore faut-il du temps pour apprendre à se connaître, à s’accepter, et de l’amour pour trouver sa vraie place auprès des autres et dans ce monde. Et puis, l’Esprit vient à notre aide très souvent dans notre vie. Toute chance d’une main tendue est à saisir. Si l’intelligence nous conduit plus loin, dans des chemins de contemplation fantastiques, demandons au Seigneur de nous aider à les partager avec nos frères, avec notre sensibilité, sans orgueil, par pure gratuité, joyeux de mettre nos talents et notre « âme d’aventure » au service de ce monde en orbite de vie éternelle !

     

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