Et je verrai le Visage de Dieu !

une approche sensible et consolante…

Ce texte est associé à ma conférence en ligne (à ne pas manquer à partir du 25 mai 2019) sur ma chaîne de diffusion.

« Dieu est le seul être que l’on ne cherche jamais en vain, et que l’on ne trouve jamais en plénitude » (St Bernard)

Lumières

« Dieu n’est pas au bout d’un raisonnement, Dieu est au bout d’un émerveillement que l’on a devant la beauté de la création » (Stan Rougier). Pour illustrer mon propos, j’ai choisi la montagne, qui offre un terrain propice à l’éveil de l’esprit à la beauté du monde. Saint Bernard rappelle qu’« on apprend plus de choses dans les bois que dans les livres : les arbres et les rochers nous enseignent des choses que nous ne saurions entendre ailleurs ». La vie citadine et la culture technologique nous font vite oublier notre appartenance à la terre, et perdre la sensation de ces éléments nécessaires à la vie que nous ne maîtriserons jamais totalement. Heureusement, il y a des lieux qui nous permettent de faire l’expérience d’un silence qui nous habite et nous apaise. La nature nous aide à nous resituer dans notre condition de créature.

Mais la fréquentation de la beauté nous met aussi sur le chemin de Dieu, comme le mentionne St Paul dans l’Épître aux Romains : « ce qu’il y a d’invisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers les œuvres de Dieu ».

« L’univers est pétri de beauté, et sa substance est l’amour » disait la philosophe Simone Weil. Son immensité est la manière dont Dieu nous dit qu’il est un être infini, bien plus grand que son œuvre visible, qui pourtant nous dépasse tellement. Au point de l’entendre murmurer : « regarde ce que j’ai fait pour toi ! ».

Qui contemple le monde et fait silence s’ouvre un jour ou l’autre aux questionnements de son âme et à la rencontre avec l’Hôte intérieur qui attend patiemment. On est loin de l’être cérébral qui cherche à tout comprendre par ses raisonnements, et qui risque de passer à côté de ce qui lui est donné gratuitement tous les jours !

J’oserai dire qu’il faut presque tomber amoureux de la création pour devenir amoureux du Créateur. Car Dieu nous attire sans cesse par la beauté du monde et celle des êtres confiés à notre regard et à notre protection, ne l’oublions pas.

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Pensons à tout ce qui nous émerveille et nous éblouie, ici-bas, nous transperce littéralement, devant le spectacle grandiose du monde crée. Prenons chacun un moment pour faire mémoire du ravissement que nous avons ressenti devant : un océan, une montagne, un ciel, une fleur, des visages humains inoubliables, des regards qui nous ont désarmé de pureté et de douceur ; mais aussi la musique et toutes les créations magnifiques dans lesquelles des instants d’éternité ont épousé un bout de notre temps !

Considérez un instant tout ce que vous trouvez de plus beau, de sublime, de délicat. Puisez dans vos souvenirs, n’ayez pas peur de remonter même loin : il y a nécessairement de très belles choses, des amitiés, des lieux, de très bons moments gravés dans votre mémoire… et peut-être aussi une grande nostalgie…

Et bien, toutes ces choses, ces êtres, ces temps de bonheur qui ont pleinement marqué votre sensibilité et vous ont comblés : multipliez-les par cent mille, et vous obtiendrez une pâle idée de ce que Dieu peut être, et à quel point il doit être beau ! Il est l’Être infini, et nos mots ne peuvent presque rien dire de Lui.

Pourtant, en venant ce soir devant vous, j’ai ressenti un appel à en témoigner à ma manière et avec ma sensibilité.

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Le psalmiste chante : « mon âme a soif du Dieu vivant : quand Le verrai-je face à Face ? ». C’est la plus grande espérance qui soit : voir Dieu !!! Nous avons été crées pour cela : contempler Dieu durant l’éternité, se sentir attendu, reconnu, recevoir de Lui un amour inimaginable ici-bas ; l’aimer de tout notre être et nous aimer les uns les autres en Lui. On peut méditer cela très longtemps et en être bouleversé, tellement c’est beau !

Vous comprenez, tout cela ne peut être qu’extraordinaire, une fois ôté le voile des apparences de notre condition terrestre ! Car Dieu est le bien le plus grand, ce qui le rend infiniment désirable. Il ne peut être que plus beau que toute sa création, qui déjà nous ravit et nous émerveille, pour peu qu’on se laisse saisir par elle.

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Mais désirer Dieu, ce n’est pas désirer posséder Dieu. Jamais d’ailleurs on ne peut posséder une personne, encore moins Dieu… Ce désir de Dieu, c’est d’abord se laisser séduire par un être infiniment aimable qui respecte notre liberté, mais ne cesse de nous inviter de mille manières, pour nous combler en plénitude. « L‘Esprit prie en nous par des gémissements ineffables » nous dit l’Écriture (St Paul, Romains 8 v26).

Désirer Dieu, c’est aussi désirer entrer dans la volonté de Dieu, pour accomplir ce qui est bon, beau et vrai, et fait grandir dans la joie, la tendresse, la reconnaissance… Car Dieu aussi a un immense désir : c’est de nous voir heureux, mais debout, c’est-à-dire les pieds sur terre et la tête dans le ciel, puisant sans cesse là-haut la grâce nécessaire pour bien vivre en-bas, et en le faisant humblement, préparer notre demeure éternelle.

Désirer Dieu, c’est donc choisir la vraie vie et le vrai bonheur.

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Imaginons que j’aie rendez-vous avec Dieu demain : serai-je prêt à paraître devant Lui, serai-je prêt à Le recevoir, quel visage aura-t-il pour moi ? Prenons le temps de nous demander, chacun intérieurement, quelle image nous nous faisons de Dieu.

Ensuite, allons puiser dans ce que la foi chrétienne nous a révélé : un Dieu famille : l’Aimant, l’Aimé, l’Amour. Rien n’est plus beau aux yeux de Dieu que l’amour, le don total de soi, car c’est ce qu’il vit dans la Trinité. « Dans la communion du Père et du Fils, chacun offre à l’autre un visage original infiniment distinct de l’autre. Et cette amitié, infiniment féconde, débouche sur le Saint Esprit. Leur vie est relation absolue, don parfait, bonheur infini, et sans aucune possession ».Voilà le visage révélé de Dieu : et pourtant cela reste pour nous un immense mystère… Et ça doit forcément être grandiose, sublime, inimaginable dans notre condition actuelle !

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Il y a deux ans, j’ai découvert les écrits de la mystique Adrienne Von Speyr. Son œuvre est fascinante, mais ce soir, je ne vous lirai qu’un fragment de sa méditation sur l’éternité :

« Celui qui est invité dans l’éternité a la grâce de participer à sa totalité. Cette éternité n’est plus l’espace que Dieu crée pour l’homme, mais le propre espace de Dieu dans lequel Celui-ci invite et accueille l’homme créé.

En présence de Dieu, l’homme perd sa mesure. Non pour en acquérir une autre à sa place, mais pour vivre de la grâce de Dieu dans une plénitude et une infinitude qui dépendent de Lui, pas de nous.

Quelque chose vis-à-vis de quoi notre esprit actuel ne possède aucun moyen de compréhension. Le terrestre demeure symbole et pressentiment. Par rapport à la vie éternelle, nous vivons tous encore dans la promesse… Par la grâce de la rédemption, bien des choses nous sont dévoilées que nous pouvons saisir par bribes, mais qui resteront toujours des paraboles, aussi longtemps que nous ne contemplerons pas la face de Dieu.

Cette vision remplacera tout le reste ; elle donnera à chaque instant d’éternité une plénitude qui dépendra d’elle, rayonnera du Dieu trinitaire, de sorte que le sens se trouve en Lui seul et non en nous ».

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Alors, vous allez me dire : mais ce Dieu infini, ne pouvait-il pas simplement nous créer directement en sa présence et tout nous donner sans même que nous le demandions ? Oui, peut-être ! Mais Il a voulu que nous le cherchions, que nous désirions nous approcher de Lui, et que nous orientions notre liberté pour grandir et pour lui donner quelque chose d’unique, qu’il ne voudra jamais obtenir de force : le don de nous-mêmes ! Ainsi Dieu pourra nous dire : « tu m’as donné quelque chose. Je ne me contente pas de te rassasier, je le fais en réponse à ce que tu m’as donné, pour te remercier de l’avoir donné, alors que tu pouvais le refuser ! ». C’est le seul prix qu’il nous demande, la condition d’un amour partagé, source du vrai bonheur.

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La Bible enseigne que celui qui voit Dieu doit mourir. Car Dieu est irrésistible, c’est pourquoi Il demeure caché durant le temps de notre liberté. Mais il nous fait signe sans cesse, et nous donne parfois des moments de transfiguration. Personnellement, j’ai eu la chance de vivre quelques instants très intenses dans ma vie, comme si le ciel s’ouvrait soudain pour infuser un peu de plénitude dans mon âme assoiffée, avec un désir indicible d’aimer, d’être aimé, et de vivre en plénitude ! Les mots sont impuissants à décrire cela.

Cette la contemplation profonde et intérieure du mystère de Dieu livre l’âme à l’extase… mais aussi à la désolation, comme le notait St Jean de la Croix. On notera ici que dans l’Évangile, l’épisode lumineux de la Transfiguration de Jésus se termine dans une ombre épaisse ; mais une voix du Ciel rassure les trois apôtres : « Celui-ci est mon Fils bien aimé : écoutez-Le ! ». Ainsi, le Père nous rappelle que celui qui marche en suivant son Fils n’a pas à avoir peur des ténèbres, extérieures comme intérieures.

Ombres

La père Molinié disait : « Toute nature innocente est portée à louer Dieu, à s’offrir à Lui et à se perdre en Lui. Seulement, nous ne comprenons plus cet amour, parce que nous avons perdu l’innocence ».

La perte de l’innocence et de l’intériorité

Dans son dernier livre Osez désirer Tout, Denis Marquet affirme que « si notre désir est insatiable, nous cherchons souvent en priorité ce qui est secondaire. Nous sommes tendus vers des objets extérieurs (personnes, biens, situations) que nous convoitons sans cesse, ou bien raidis contre ce qui nous effraie dans le monde. Si nous désirons sans limite, c’est que nous désirons l’infini ». Et lorsque nous cherchons à combler par des biens finis un désir infini, nécessairement nous sommes frustrés et nous souffrons ».

De plus, chacun peut constater en lui un écart entre la pauvre intensité de sa vie présente et la flamme de son désir de vivre. Saint Paul va plus loin : « le bien que je désire, je ne le fais pas, mais le mal que je voudrais ne pas faire, je le fais ». « Cela met en évidence une différence entre notre nature et notre condition. Et c’est de cette différence dont nous souffrons. « Notre âme, mais aussi notre corps, sont en manque de Dieu dans le désert du monde, comme l’assoiffé manque d’eau. Et notre désir, brûlant de l’infini, reste notre seul lien sensible à l’infini divin » (D. Marquet).

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Alors, pourquoi cela ? Dans le premier chapitre de la Genèse, Dieu dit « faisons l’être humain à notre image, comme notre ressemblance ». « Dieu crée donc un être qui est comme Dieu, mais il n’est pas Dieu. Nous recevons notre être : Dieu donne le sien. Acceptant sans réserve de recevoir sa vie de Dieu, l’homme vit d’une vie sans limite et innocente. Or, le texte nous dit que « la première décision prise par l’être humain fut de se séparer de la source de vie, dans le but de se faire origine de soi ».

Tenté de croire qu’il lui manque quelque chose pour être comme Dieu, l’être humain se laisse abuser, alors qu’il ne lui manque rien ! En succombant à ce mensonge, il découvre le bien et le mal, et cela modifie son être et sa perception de tout de manière tragique. Il perd l’innocence et l’intériorité, et la vie divine en lui. Ses désirs désordonnés sont une forme dégradée de sa faim de plénitude. Il découvre la honte et le sentiment insupportable de la culpabilité, qu’il va transférer sur autrui à travers le jugement, la condamnation et la violence » (D. Marquet). De là, le mal va se répandre dans le monde. « Et quand il scrute le fond de son cœur, que trouve-t-il ? La peur… Car, il cherche désormais inlassablement la source de son être et l’infini perdu.

A l’être humain tombé, il faudra une réconciliation avec par le Père, manifestée dans la croix du Christ, pour retrouver cet amour infini dont il reçoit l’être dans l’Esprit Saint, et être pleinement restauré dans sa dignité et son intériorité. C’est cela, le rédemption ! On en parlera bientôt.

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« Dès notre naissance, nous sommes placés en orbite de vie éternelle », disait Daniel Ange. Mais elle commence par la nuit de l’épreuve de la liberté et donc de la fidélité. Or, aussi brillante que soit la lumière qui éclaire notre nuit, elle ne la fait pas disparaître complètement. Et si nous cheminons dans la foi, et parfois dans le doute, et il y a des épaisseurs de brouillard dont les plus grands saints n’ont pas été épargnés. Je me souviens du jour où j’ai appris que Mère Teresa avait connu ce doute profond durant de nombreuses années… Personne ne le voyait pourtant, elle dont l’amour auprès des pauvres était si intense….

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Mère Teresa disait que « le visage de Dieu nous est donné à voir dans les personnes que nous rencontrons ». Dans la pureté du sourire d’un enfant innocent, dans la beauté éclatante d’une jeune femme ou d’un jeune homme, dans la bonté d’un être devenu transparent de Dieu. Mais aussi dans l’humanité défigurée de ceux qui souffrent, et même des plus grands pécheurs, en qui nous pouvons dans la foi ressentir l’agonie de Jésus.

Prenons un moment en silence pour penser à nos souffrances, à celles de nos proches, à celles du monde entier.

Pensons aussi à nos manques d’amour, nos lâchetés, notre indifférence… tout ce en quoi nous sommes complices de la misère du monde.

Mais pensons aussi à la lourde croix que Jésus a portée pour nous, si lourde qu’il est tombé trois fois.

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Seul l’amour entre en vie éternelle

Avouons qu’ « on a du mal à croire à cet amour fou de Dieu pour nous, et peut-être même qu’on en a peur. On peut même penser que la Bible ne nous aide pas quand elle dit de craindre Dieu. Mais tous les saints et les mystiques ont expliqué que cette crainte est celle de blesser le cœur de Dieu qui nous aime tant, pas celle d’un châtiment.

Pour chasser l’ombre de la peur, il nous faut apprendre à désirer Dieu en l’aimant de tout notre cœur et en s’abandonnant à Lui comme un tout petit enfant. N’étant pas innocents, il nous faut consentir à accepter les purifications nécessaires à notre cheminement ultime vers Lui. Jésus nous dit bien dans les Béatitudes : « heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ! ».

C’est le purgatoire, ici ou après la mort, pour nous séparer de tout ce qui nous a partiellement rendus laids, abîmés, a opacifié notre regard, nous empêchant d’accueillir pleinement la vie divine qui vient se donner à nous, et qui n’est qu’amour, tendresse, lumière.

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…Mais il y a bien sûr la possibilité du refus définitif. Difficile de ne pas l’évoquer, mais en tremblant…

L’épître de St Paul aux Hébreux signale qu’« il est redoutable de tomber entre les mains du Dieu vivant ». L’auteur veut dire qu’il est certainement redoutable d’affronter le jugement de Dieu sans s’être repenti, sans avoir appris à le faire…

Et puis, il y a ces deux paroles de Jésus :

« A quoi sert-il à un homme de gagner la Terre entière s’il vient à le payer de sa vie ? » (Math 16 v26)

« Tout péché sera pardonné aux hommes… Mais pas le péché contre le Saint-Esprit » (Math 12)

On peut comprendre que si Dieu est le plus grand bonheur de l’homme, la séparation définitive d’avec Lui par un refus obstiné de sa Miséricorde pourrait constituer le plus grand malheur ! Jésus es venu pour nous sauver de cela, pour nous arracher à des ténèbres qui peuvent être terribles.

Rédemption

Nous vivons sur Terre une condition temporelle qui implique une succession d’états de conscience qui ne se totalisent pas. Nous n’avons pas une vision immédiate de la totalité de notre être. De fait, nous ne sommes pas toujours lucides dans les choix que nous faisons. Au Ciel, ce ne sera plus le cas, car non seulement nous éprouverons la plénitude de notre conscience (dès le passage de la mort), mais Dieu dilatera notre âme aux dimensions de son Amour et à notre capacité à Le recevoir. C’est pour cela que nous pouvons grandir dans l’amour, sur la Terre (appelez cela notre mérite, si vous le voulez) : pour permettre à Dieu de nous rendre le plus débordant possible de bonheur devant Lui. J’ai tenu à rappeler ici cet enseignement peu connu de Marie-Dominique Moliné, qui précise que les anges n’ont pas eu cela. C’est prodigieux d’y penser… et on se sent naturellement dépassé… certainement parce qu’on ne se sait pas encore prêt !

Alors, par quoi commencer ?

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Il nous faut accepter d’être sauvés

Prends contact avec ton âme : c’est là que tu vas rencontrer en premier le Seigneur ton Dieu. Dieu veut passer dans les profondeurs où l’homme souffre et où il se sent perdu. Après avoir envoyé son Fils, Il continue son œuvre de manière visible et invisible. Son Esprit souffle au cœur de l’homme, et ceux qui l’accueillent en se mettant en marche deviennent les témoins visibles de sa tendresse, en même temps qu’ils se laissent transformer et purifier. « Les saints commettent la folie de recevoir l’Évangile en pleine figure, et c’est par ce qu’ils le reçoivent ainsi qu’ils deviennent des saints » (M.D. Molinié). Parfois, cela peut-être instantané, radical, comme pour St Paul ou Charles de Foucauld. Ce qui compte, en définitive, c’est notre entrée progressive dans une intimité avec le cœur de Jésus qui ne finira pas.

Laissons-nous réconcilier avec le Christ ! Nos fautes sont une goutte d’eau par rapport à l’océan de la Miséricorde de Dieu. Mais il est nécessaire que nous ayons le regret de ce que nous avons fait de mal, comme le fils prodigue revenant vers son papa pour lui dire « Père, j’ai péché contre le Ciel et contre toi » . On connaît la suite : la Miséricorde se déverse sur lui abondamment… Il ne s’y attendait pas. Belle image donnée par Jésus de ce qui nous arrive quand nous savons redevenir petits et revenir vers lui…

A notre humble prière « mon Dieu, libérez-moi du poids de moi-même, du poids de mon péché », le Seigneur nous offre les torrents d’eau vive qui coulent du Fils en Croix pour nous laver, nous purifier, nous abreuver. Il nous dit : « Je pardonne et j’oublie toutes tes offenses ! Désormais, viens à ma vigne, suis-moi, tu ne le regretteras pas ! ».

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Suivre Jésus et abandonner le jugement

Dans l’Évangile, le Christ propose deux voies radicales pour le suivre :

– 1) réorienter notre désir, ce qui va nous délivrer du péché (orgueil, convoitise, toute puissance) et de ses conséquences : « cherchez d’abord le règne et la justice de Dieu, le reste vous sera donné par surcroît ». Tel est le trésor que Jésus désigne dans la parabole de l’homme qui achète le champ après avoir vendu tout ce qu’il a, c’est-à-dire s’être libéré du superflu.

– 2) abandonner l’image du Dieu tribunal : « gare à Dieu au bureau des cieux ! » qui a tant défiguré et abîmé son Visage dans les esprits. Et en même temps, sortir de l’impasse du jugement : sur nous-mêmes d’abord, puis sur les autres. « Ne jugez pas, et en aucune façon vous ne serez jugés » dit Jésus. Celui qui se confie en lui n’est pas jugé.

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C’est ainsi que Dieu nous sauve : par sa bonté qui nous délivre du mal, et par une invitation à le suivre, à demeurer en sa présence, et à oublier le jugement. C’est ce qu’opère le sacrement du pardon ! Jésus nous restaure dans l’amitié avec le Père et nous donne son Esprit pour grandir dans l’amour et rester fidèle chaque jour. Et chose extraordinaire, il nous dit dans l’Évangile qu’il n’y a pas de limite à la capacité de Dieu à pardonner… et il nous invite à faire de même. « La mesure de l’amour, c’est d’aimer sans mesure ».

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Efforçons nous de toujours privilégier la bonté : un cœur bon touche en profondeur et fait du bien ! Pensons à ces êtres bons que nous avons côtoyés, et souvenons-nous de quelle manière ils nous ont accueilli, réconforté, aimé, ne serait-ce qu’un instant de notre vie ! C’est cela la bonté : ne parle-t-on pas du Bon Dieu ? Ça donne envie de vivre mille fois, parce qu’on sent bien que c’est cela qui compte vraiment !

Et bien, Jésus veut que nous devenions comme Lui : parfaitement bons, les uns avec les autres. Que la dureté en nous disparaisse, que notre cœur devienne liquide. Charles de Foucauld exprimait cela : « ayez au fond de l’âme gravé profondément ce principe d’où tout découle : que tous les hommes sont vraiment, véritablement, frères en Dieu, leur Père commun ; et qu’il veut qu’ils se regardent, s’aiment, se traitent en tout comme des frères les plus tendres ». C’est le grand commandement du Christ : « aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés » (Jésus).

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Le monde a plus que jamais besoin de recevoir la miséricorde de Dieu

Le père disait récemment qu’«il faut descendre profondément dans le cœur de l’homme et lui donner l’indulgence de Dieu » (Michel-Marie Zanotti-Sorkine). Oui, l‘essentiel est de pouvoir faire l’expérience de l’amour de Dieu au moins une fois dans sa vie ! Et cela change tout, à l’image de Charles de Foucaud suite à sa bouleversante « rencontre » avec ce Dieu tant combattu par lui. Le secret de l’Évangile, c’est ce mystère insondable de la miséricorde de Dieu. Car Il nous a aimés, et nous savons où cela l’a conduit : « dans ce monde, celui qui aime jusqu’au bout est condamné à mourir » (Molinié). Ainsi, Dieu voulu donner aux hommes qui doutent toujours un signe fort et définitif de son amour infini. « Ce n’est pas pour rien que je t’ai aimée » dira Jésus à Angèle de Foligno.

Oui, nous sommes des êtres de misère, limités, paresseux, pécheurs… Mais nous portons tous, en nous, un désir immense de connaître Dieu. Et rien ni personne d’autre que Lui ne viendra combler parfaitement nôtre être. Et si nous comprenions à quel point nous sommes aimés, nous pleurerions de joie ! En raison même de cet amour, on ne peut dire de personne qu’il est insignifiant, puisqu’il est appelé à voir Dieu sans fin !

Et pour aller encore plus loin, la fraternité humaine se vit aussi dans ce qu’on appelle « la communion des saints ». C’est une chose fantastique, là encore peu enseignée : les grâces de Dieu traversent le temps et l’histoire des hommes : la communion des âmes est une réalité sublime, grandiose, de notre interdépendance dans l’amour. Nous nous plaçons ici dans le temps de Dieu qui est un éternel présent. Passé, présent et futur sont toujours devant Dieu. Cela veut dire clairement que le rayonnement d’une vie humaine peut dépasser, par son union au Christ, cette vie même. Les mérites de Jésus s’appliquent d’avance à Marie, sa mère. Mais il en est de même pour toutes les grâces qui, je le répète, traversent le temps, dans les deux sens. N’ayons pas peur d’offrir nos vies et de recevoir au centuple !

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Le purgatoire (texte de Sainte Thérèse de Lisieux)

« Dieu ne veut pour aucun de nousle passage par le purgatoire. Il veut au contraire nous voir quitter la Terre entièrement purifiés, dans l’abandon du petit enfant prodigue et repentant qui, après s’être endormi tout simplement dans les bras de son père, s’éveille aussitôt dans la lumière du Ciel et s’élance ainsi sans retard dans l’éternel embrasement de l’amour miséricordieux ».

Elle disait à une sœur : « vous avez trop peur du bon Dieu, je vous assure qu’il en est affligé ! On obtient tout de Dieu autant qu’on espère en Lui. Ne pas oser tout demander à Dieu, c’est le prendre pour moins qu’Il est. Il ne faut jamais mesurer la puissance divine à nos courtes pensées. C’est méconnaître la bonté infinie de Dieu et restreindre ses désirs et ses espérances. Oui, il attend de nous la prière pour révéler ce qu’Il est : toute tendresse et toute puissance à la fois. Dieu mesure toujours ses dons à notre confiance ».

Et elle ajoute ceci : « le jugement, n’est rien d’autre que ce regard de Dieu nous donnant tout, en réponse à nos fautes et au-delà de nos fautes, en sorte que nous sommes jugés par nous-mêmes selon l’accueil que nous réservons à cet Amour imprévisible.

Si vous voulez de la Miséricorde, vous aurez de la Miséricorde ; si vous voulez de la Justice, vous aurez de la justice : on obtient de Dieu ce qu’on en attend !».

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En définitive, il faut que nous choisissions de poser un acte de foi et d’abandon en la Miséricorde divine : un acte libre, humble et libérateur, ouvrant grand « la porte étroite » dont parle la parabole évangélique. Étroite, non pas du côté de Dieu (elle est tellement ouverte !), mais du nôtre, qui a la capacité de s’enfermer… ou de s’ouvrir.

Alors, il nous est donné de pouvoir grandir jour après jour dans la confiance, et de préparer le visage glorieux que nous aurons pour l’éternité, visage reçu pleinement de Dieu selon notre amour ici-bas. Nous y serons transparents de Lui, tel le vitrail laissant passer la lumière. Mais nous lui aurons donné ses couleurs uniques : l’amour de notre vie.

Épilogue

Celui qui expérimente le regard de Dieu sur lui, à partir de la bonté d’un seul être humain qui le touche, celui-là peut bâtir sur ce qu’il a reçu, et devenir capable à son tour de communiquer cette tendresse de Dieu, ce sourire de Dieu, pour faire passer l’invisible dans le visible. Que c’est beau !

Pourtant, Dieu est cent millions de fois plus beau que ce que j’ai pu en dire ce soir ! « La transcendance, c’est quelque chose tout de même ! Que peut-on en dire avec nos pauvres mots ? » (Stan Rougier)

« Et en même temps, ce Dieu, c’est le plus faible, le plus fragile, le plus tendre, le plus ouvert, le plus accueillant » (Stan Rougier). Il nous fait confiance et nous dit « j’ai besoin de toi, marche en ma présence, va vers tes frères, commence par les pauvres, ceux qui n’ont jamais vu à quel point la création est splendide, et ceux qui doutent d’être aimés. Aime, donne-toi, et tu vivras ! »

Nous serons tous surpris quand nous verrons Dieu ! Alors, partons le cœur confiant, joyeux d’annoncer à tous nos frères et sœurs qui crèvent la faim de Le connaître, ce Dieu consolant qui nous prépare une place.


Vis, aime, rêve et crois !

Pense là où Dieu t’a semé, et espère, espère toujours !

Ne capitule pas devant la nuit : souviens-toi que le premier ennemi à soumettre n’est pas en dehors de toi : il est à l’intérieur. C’est pourquoi, ne laisse pas de place aux pensées amères, obscures. Ce monde est le premier miracle que Dieu ait fait, et Dieu a mis entre nos mains la grâce de nouveaux prodiges. Foi et espérance vont de pair. Crois à l’existence des vérités les plus élevées et les plus belles. Aie confiance en Dieu Créateur, dans l’Esprit Saint qui conduit toute chose vers le bien, dans l’étreinte du Christ qui attend tous les hommes à la fin de leur existence ; crois, il t’attend. Le monde avance grâce au regard de tous les hommes qui ont ouvert des brèches, qui ont construit des ponts, qui ont rêvé et cru ; même lorsqu’autour d’eux ils entendaient des paroles de dérision.

Ne pense jamais que la lutte qui conduit là-haut soit totalement inutile. À la fin de l’existence, ce n’est pas le naufrage qui nous attend : en nous palpite une semence d’absolu. Dieu ne déçoit pas : s’il a mis une espérance dans nos cœurs, il ne veut pas l’étouffer par des frustrations continuelles. Tout naît pour fleurir dans un printemps éternel. Dieu aussi nous a faits pour fleurir. Je me souviens de ce dialogue, lorsque le chêne a demandé à l’amandier : « Parle-moi de Dieu ». Alors l’amandier a fleuri.

Partout où tu es, construis ! Si tu es par terre, lève-toi ! Ne reste jamais tombé par terre, lève-toi, laisse-toi aider pour te mettre debout. Si tu es assis, mets-toi en chemin ! Si l’ennuie te paralyse, chasse-le par des œuvres bonnes ! Si tu te sens vide ou démoralisé, demande que l’Esprit-Saint puisse à nouveau remplir ton néant.

Fais la paix au milieu des hommes, et n’écoute pas la voix de celui qui répand la haine et les divisions. N’écoute pas ces voix ! Les êtres humains, tout en étant différents les uns des autres, ont été créés pour vivre ensemble. Dans les conflits, patiente : un jour tu découvrira que chacun est dépositaire d’un fragment de vérité.

Aime les personnes. Aime-les une par une. Respecte le chemin de chacun, qu’il soit linéaire ou tourmenté, parce que chacun a son histoire à raconter. Chacun de nous a aussi sa propre histoire à raconter. Tout enfant qui naît est la promesse d’une vie qui, une fois encore, se montre plus forte que la mort. Tout amour qui jaillit est une puissance de transformation qui aspire au bonheur.

Jésus nous a remis une lumière qui brille dans les ténèbres : défends-la, protège-la. Cette unique lumière est la plus grande richesse confiée à ta vie.

Et surtout, rêve ! N’aie pas peur de rêver. Rêve ! Rêve un monde qui ne se voit pas encore mais qui arrivera certainement. L’espérance nous pousse à croire à l’existence d’une création qui s’étend jusqu’à son accomplissement définitif, quand Dieu sera tout en tous. Les hommes capables d’imagination ont offert à l’homme des découvertes scientifiques et technologiques. Ils ont sillonné les océans, ils ont foulé des terres sur lesquelles personne n’avait jamais marché. Les hommes qui ont cultivé des espérances sont aussi ceux qui ont vaincu l’esclavage et apporté de meilleures conditions de vie sur cette terre. Pensez à ces hommes.

Sois responsable de ce monde et de la vie de tous les hommes. Pense que chaque injustice contre un pauvre est une blessure ouverte et diminue ta propre dignité. La vie ne s’arrête pas avec ton existence et, dans ce monde, viendront d’autres générations qui succèderont à la nôtre et beaucoup d’autres encore. Et chaque jour, demande à Dieu le don du courage. Souviens-toi que Jésus a vaincu pour nous la peur. Il a vaincu la peur ! Notre ennemie la plus sournoise ne peut rien contre la foi. Et quand tu te trouveras effrayé par des difficultés de la vie, souviens-toi que tu ne vis pas pour toi-même. Dans le baptême, ta vie a déjà été immergée dans le mystère de la Trinité et tu appartiens à Jésus. Et si, un jour, tu étais pris par la peur, ou si tu pensais que le mal est trop grand pour être défié, pense simplement que Jésus vit en toi. Et c’est lui qui, à travers toi, veut par sa douceur soumettre tous les ennemis de l’homme : le péché, la haine, le crime, la violence : tous nos ennemis.

Aie toujours le courage de la vérité, mais souviens-toi : tu n’es supérieur à personne. Souviens-toi de cela : tu n’es supérieur à personne. Si tu étais même le dernier à croire en la vérité, ne te réfugie pas pour autant loin de la compagnie des hommes. Même si tu vivais dans le silence d’un ermitage, porte dans ton cœur les souffrances de toutes les créatures. Tu es chrétien ; et dans la prière, remets tout à Dieu.

Et cultive des idéaux. Vis pour quelque chose qui dépasse l’homme. Et si un jour ces idéaux devaient te demande de payer une note salée, ne cesse jamais de les porter dans ton cœur. La fidélité obtient tout.

Si tu te trompes, relève-toi : rien n’est plus humain que de commettre des erreurs. Et ces mêmes erreurs ne doivent pas devenir pour toi une prison. Ne sois pas enfermé dans tes erreurs. Le Fils de Dieu est venu non pas pour les bien-portants mais pour les malades : par conséquent il est venu aussi pour toi. Et si tu fais encore des erreurs à l’avenir, ne crains pas, relève-toi ! Sais-tu pourquoi ? Parce que Dieu est ton ami.

Si l’amertume te frappe, crois fermement en toutes les personnes qui agissent encore pour le bien : dans leur humilité, il y a la semence d’un monde nouveau. Fréquente les personnes qui ont gardé leur cœur comme celui d’un enfant. Apprends de la merveille, cultive l’étonnement.

Vis, aime, rêve et crois. Et, avec la grâce de Dieu, ne désespère jamais.

pape François aux jeunes du monde entier


Plus souples dans un monde trop raide

Les êtres que nous sommes ont besoin de ressentir un vrai contact humain fort. Tout ce que nous vivons, finalement, n’a de réelle beauté et ne trouve son sens profond que si nous rencontrons sur notre route des personnes avec qui le partager et se laisser rejoindre. « Des coeurs qui comprennent », comme se plaisait à le dire Marie-Dominique Molinié. Il y a « tant de mains pour transformer le monde, et si peu de regards pour le contempler ! » disait Julien Gracq, incluant certainement les personnes humaines, et particulièrement, je pense, celles laissées en périphérie par la société à grande vitesse. Et pour nous faire oublier l’injustice de ce monde, on nous propose sans cesse des plaisirs et des distractions, qui nous font aussi oublier l’Ami divin, le grand consolateur. Certes, trop de souffrances et de manques d’amour cachent en ce monde, et pour beaucoup, le visage de Dieu. Alors, n’est-ce pas d’abord aux chrétiens de prier avec les mots de Saint-François d’Assise : « que je sois si bienveillant et si joyeux que tous ceux qui m’approchent sentent Ta présence. Revêts-moi de Ta beauté, Seigneur, et qu’au long de ce jour, je Te révèle » ?

Michel-Marie Zanotti-Sorkine disait récemment qu’« il faut descendre profondément dans le cœur de l’homme et lui donner l’indulgence de Dieu ». Oui, l‘essentiel est de pouvoir faire l’expérience de l’amour de Dieu au moins une fois dans sa vie ! Et cela change tout, à l’image de Charles de Foucaud qui écrivait en 1898, suite à sa bouleversante « rencontre » avec ce Dieu tant combattu par lui : « ayez au fond de l’âme gravé profondément ce principe d’où tout découle : que tous les hommes sont vraiment, véritablement, frères en Dieu, leur Père commun ; et qu’il veut qu’ils se regardent, s’aiment, se traitent en tout comme des frères les plus tendres ».

Alors, pour commencer l’année, j’aimerais te conseiller la lecture d’un livre (1) qui fait du bien. Un voyage initiatique aussi dense qu’imprévisible, des paroles pleines de bons sens et de sagesse, et qui touchent au plus profond de nous-mêmes. Extraits : « allez plus haut chercher l’eau vive ! Car vous crevez d’envie d’aimer d’un amour qui ne finirait jamais, et vous souffrez comme un désespéré quand vous voyez que vos amours ont été emportées comme les feuilles d’automne qui volent sous le vent… Mais bon sang, faites-Lui confiance !». « On donne pour donner, comme on aime pour aimer : le retour ne nous regarde pas ».

Sur ce chemin, je te souhaite une belle et heureuse année !

M.V., le 20 janvier 2018

(1) Le passeur de Dieu, Michel-Marie Zanotti-Sorkine, Edition Robert Laffont, 2014.


Pour un futur du politique

A l’heure où la France cherche un nouvel élan politique pour son avenir, j’ai désiré commencer ce début d’année par une réflexion sur le sens du « vivre ensemble dans le monde actuel ».

D’abord, il me semble que nous désirons toujours que les choses aillent mieux. Dans nos vies personnelles, comme dans la société. Pour autant, si nous sommes réellement portés à désirer le bien, a-t-on toujours la volonté de tout mettre en œuvre pour le voir se réaliser ? Telle peut être la question, qui a un sens éminemment politique lorsqu’il s’agit du bien commun d’un peuple.

Je crois que pour réaliser cette aspiration à un « mieux-être », il faudrait (re)définir le sens de l’activité économique et de la vie en société. Une majorité de nos concitoyens sont bien conscients que la question du sens a peu à peu déserté le débat politique. Au point que nombre de ses acteurs, au-delà même d’ambitions personnelles parfois légitimes, se complaisent au final aisément dans des manœuvres et calculs électoraux, des paroles non tenues, des comportements partisans et démagogiques… mais surtout manifestent l’absence de vision à long terme de notre société, mis à part cette inlassable répétition du couplet sur le progrès, la technique, les nouvelles technologies, les grands projets… Mais pour qui ? Pour quoi ?

Cette fuite en avant et ces attitudes sont devenues insupportables à l’heure où un nombre croissant de personnes a le sentiment de vivre dans une société de plus en plus injuste. Faut-il rappeler que la France compte désormais dix millions de pauvres ? Oui, il le faut ; mais cette ampleur ne m’a pas semblé prioritaire dans les récents débats pour la présidentielle. Cynique indifférence ou désolante incapacité à changer quoi que ce soit ?

– Ф –

« Le sens de la politique est de contribuer à l’édification d’une société plus juste et plus humaine, d’une société accueillante et fraternelle. Être au milieu des gens ne signifie pas seulement être ouverts et rencontrer les autres mais aussi se laisser rencontrer, appeler, toucher, interpeller, pour pouvoir participer à tout ce que les autres peuvent donner. L’expérience nous dit qu’habituellement, nous recevons des autres plus que nous ne nous donnons. Il y a une richesse humaine authentique tissée d’innombrables histoires de solidarité, d’aide, de soutien. La vie concrète est possible parce qu’elle n’est pas la somme de nombreux d’individus, mais l’articulation de nombreuses personnes qui concourent à la construction du bien commun. Être ensemble nous aide à voir l’ensemble, et notre regard est enrichi.

Mais quand le peuple est séparé de qui commande, quand on fait des choix en vertu du pouvoir et non du partage, quand qui commande est plus important que le peuple et que les décisions sont prises par un petit nombre, ou sont anonymes, ou sont toujours dictées par des urgences (vraies ou présumées), alors l’harmonie sociale est en danger avec de graves conséquences pour les gens : l’argent commande, la pauvreté augmente, la paix est en danger et les gens vont mal » (Pape François)

– Ф –

Si j’étais aux commandes de mon pays, je limiterais d’abord tous les engagements en politique à dix ans au plus, en deux mandats maximum. Personne n’est indispensable, et l’on peut servir son pays et les gens autrement et de bien des manières, quand on a vraiment le goût et la vocation du service du bien commun. L’homme étant faible, on éviterait ainsi les tentations liées à l’attachement excessif au pouvoir et à toutes ses dérives.
J’instaurerais immédiatement un ministère commun agriculture-santé, dirigé par des personnes compétentes et libres de toute attache avec certains milieux nuisibles de l’industrie et de la finance. Trop de gens sont malades dans notre pays, et les politiques de prévention ne sont pas à la hauteur des enjeux.
Je m’attaquerais dans la foulée à la sauvegarde de notre agriculture qui se meurt, victime de l’hyper-productivisme et d’une compétition débridée (135000 agriculteurs et éleveurs ont mis la clé sous la porte en 2016 : du jamais vu !). Parce qu’il faut sauver ces pauvres gens qui nous nourrissent et n’arrivent même plus à survivre, alors que ce sont ceux qui travaillent le plus ! Lisez et faites lire ce terrible appel montrant « la détresse des travailleurs de la terre, qui ne quémandent pas de droits sociaux, qui ne cassent pas les vitrines des commerces, et qui pourtant sont délaissés par les élites, les énarques. Les paysans nous nourrissent en travaillant énormément, connaissent la concurrence la plus déloyale qui puisse être, subissent de plein fouet une mondialisation destructrice, sans protection de la part des gouvernements successifs et des instances européennes ».

Je crois que l’on ne peut qu’être profondément européen, parce que c’est le sens de l’Histoire. Mais tout de même, cette « construction européenne » issue des derniers traités, souvent imposés plus que négociés, qu’est-elle devenue ? Nombre de nos concitoyens la perçoivent de plus en plus comme « l’engin d’arasement des dernières protections économiques et sociales », au profit des multinationales et des « grandes entreprises qui, déjà enrichissent leurs actionnaires aux dépens de leurs salariés, mais en plus optimisent leurs bénéfices par l’évasion fiscale, la corruption et la connivence qui faussent les marchés aux dépens des citoyens ordinaires » (rapport d’Oxfam).

– Ф –

Le journaliste Patrice de Plunkett écrivait récemment sur son blog : « pour vivre ensemble, les êtres humains ont besoin de s’accorder sur le sens de la vie. Comme tout aujourd’hui est subordonné à l’économique, la vague ultralibérale, devenue totalitaire, dicte les formes de la vie en pulvérisant les structures sociales pour qu’il n’y ait plus « que l’individu et le marché » selon le mot de Mme Thatcher. La soumission maximale alléguée aux désirs du consommateur, est en train de se substituer au lien social. Dans ces conditions, les problèmes de société deviennent insolubles ».
D’où l’inévitable question : devra-t-on continuer ainsi pendant encore longtemps ? Comment s’en sortir ?

– Ф –

Entre la liberté et la fraternité, deux faces d’une même pièce, il ne faudrait pas avoir à choisir. Chacune guide l’autre, et chacune doit mettre des limites à l’autre, pour le bien de tous. Il me semble que ces deux devises de notre république éclairent particulièrement bien les enjeux actuels de notre pays et de notre monde.

La liberté ne consiste pas à faire tout et n’importe quoi dans ce monde, simplement parce la technique ou la finance le permet. Sinon les hommes en souffrent, la Terre aussi, durablement ! Il est urgent de (re)découvrir des modèles de vie nécessairement plus sobres, où la coopération l’emportera sur la compétition acharnée (le darwinisme social est une immense ânerie, car la nature ne fonctionne pas ainsi. J’y reviendrai prochainement sur ce site).

La liberté doit être mise au service du vrai bien commun, qui n’exclut aucun peuple de la Terre, aucun être en particulier ̶ seul remède à la démesure de la finance égoïste et aveugle ̶  ce qui permettra enfin la restauration d’une économie au service des personnes.

Enfin, « pour résoudre les problèmes des gens, il faut partir d’en bas, avoir du courage, écouter les laissés-pour-compte, les personnes en situation de précarité, sans oublier celles qui ont fui leur pays à cause de la guerre, de la misère, de la violence » (Pape François)
« Le plus important est de reconstruire un tissu social local, solide et vivant, afin d’instaurer progressivement un climat de confiance, c’est à dire en fin de compte un « capital social », ces aptitudes à vivre ensemble que notre société matérialiste et individualiste a méthodiquement et consciencieusement détricotées au cours des dernières décennies. Nous en sommes convaincus, ces compétences sociales sont notre seule vraie garantie de résilience en cas d’effondrement » (Pablo Servigne et Raphaël Stevens).

– Ф –

Pour terminer, il me revient à l’esprit cet avertissement de l’Abbé Pierre : « il dépend de ma liberté de construire un monde de partage et d’amour… Pour que le Dieu d’amour soit crédible, il faut que ceux qui croient en lui soient eux-mêmes témoins crédibles de son amour ». Or, il y a aujourd’hui manifestement deux écueils : vivre sur la défensive (avec un christianisme identitaire, replié sur sa culture, ses « valeurs ») ; et (re)devenir conquérant (en oubliant que seul l’amour a la capacité de changer un cœur, la force jamais).

Le Dieu auquel je crois agit d’abord dans le secret des cœurs. Apportons donc tout simplement autour de nous, chaque jour, ce surcroît de vie reçu à Son contact ! Le « spirituel » s’incarne, sinon il n’est pas chrétien. En politique comme ailleurs ! La foi chrétienne n’est véritable que si elle agit au service du prochain, en essayant de devenir peu à peu transparente de la grâce du Christ ! Le reste a peu d’importance…

Sur ce chemin, je souhaite une bonne année à tous, et à notre pays.

M.V., le 31 janvier 2017


Père de miséricorde

Dans l’Évangile selon Saint-Luc, au chapitre 15, Jésus disait à ses disciples :
« Un homme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père : « Donne-moi la part du bien qui me revient ». Ainsi, le père leur partagea son bien. Et peu de temps après, ce plus jeune fils ayant tout amassé, s’en alla dehors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Après qu’il eut tout dépensé, il survint une grande famine en ce pays-là ; et il commença à être dans l’indigence. Alors il s’en alla, et se mit au service d’un des habitants de ce pays-là, qui l’envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux. Et il eût bien voulu se rassasier des carouges que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Etant donc rentré en lui-même, il dit : Combien ya-t-il de gens aux gages de mon père, qui ont du pain en abondance ; et moi je meurs de faim ! Je me lèverai, et m’en irai vers mon père, et je lui dirai : « Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes domestiques ». Il partit donc, et vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion ; et courant à lui, il se jeta à son cou et l’embrassa. Et son fils lui dit : « Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ». Mais le père dit à ses serviteurs : « Apportez la plus belle robe et revêtez l’en ; et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds. Amenez un veau gras et tuez-le ; mangeons et réjouissons-nous ; parce que mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, mais il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.
Cependant son fils aîné, qui était à la campagne revint ; et comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les danses. Et il appela un des serviteurs, à qui il demanda ce que c’était. Et le serviteur lui dit : « Ton frère est de retour et ton père a tué un veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé ». Mais il se mit en colère, et ne voulut point entrer. Son père donc sortit, et le pria d’entrer. Mais il répondit à son père : « Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais contrevenu à ton commandement, et tu ne m’as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. Mais quand ton fils que voici, qui a mangé tout son bien avec des femmes débauchées, est revenu, tu as fait tuer un veau gras pour lui ». Et son père lui dit : « Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi. Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton frère que voilà, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! ».

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Commentaire de Charles Delhez :

Le Dieu des pécheurs
La parabole de « l’enfant prodigue » est une bonne nouvelle, un « bourgeon d’espérance » : Dieu restera toujours notre Père, quoi que nous fassions. Elle nous « enseigne que tout n’est pas perdu » (Charles Péguy). Le plus jeune ne voulait plus être fils. Il est parti au loin. Pourtant, au fond de lui-même, il restait toujours cette image du père, à la fine pointe de son être, presque inconsciente. Tombé dans le malheur, il aurait bien voulu redevenir fils, mais il en avait perdu toute dignité. Ne vivait-il pas comme les porcs ? Il se souvint cependant : « je retournerai vers mon père ».
Le père, lui, était resté père. Peut-être connaissez-vous le magnifique tableau de Rembrandt ». Toute la lumière de cette toile vient du visage du Père, dont les yeux sont mi-clos, usés par la fatigue de l’attente. Il était orphelin de son fils et voilà qu’il le retrouve. « Comme tu m’as manqué ! ». Pour le fils à la tête de bagnard et aux sandales éculées par le long chemin, c’est une renaissance, une résurrection. Il est là, dans le sein de son père, blotti entre ses deux mains. Remarquez que, sur le tableau, une main est masculine, tandis que l’autre est féminine. Dieu, un Père qui nous aime comme une Mère, disait le Père Varillon. Aucune possession ni domination. Une véritable recréation : saint Irénée parlait de Dieu le Père créant le monde de ses deux mains, le Fils et l’Esprit Saint.
Cette merveilleuse parabole de l’espérance nous dit le coeur de Dieu, assez large pour nous accueillir tous, avec nos échecs. Dieu, me disaient des fiancés, c’est cet amour inconditionnel qui englobe tout. Regardez comme le Père enveloppe son fils. Observez comment ils tiennent l’un grâce à l’autre, le Père voûté s’appuie sur son fils revenu et le fils se repose dans le sein de son père. Comme si Dieu avait besoin de l’homme pour se reposer tout comme l’homme a besoin du pardon de Dieu.

La tristesse du Père
Mais la parabole continue. L’aîné, lui, était resté près du père. Il avait compris ses volontés, pensait-il. Toujours en règle, il travaillait fidèlement. Mais, hélas, en restant proche du père, il s’était éloigné de son frère. Celui-ci était définitivement oublié pour lui, rayé de sa mémoire. L’aîné avait, croyait-il, gardé la dignité de fils, mais il ne voulut pas rentrer dans la maison paternelle parce que son frère y était. Peut-on être fils sans être frère ? Cet Évangile nous dit la tristesse de Dieu : parfois, ceux qui se croient les plus proches de lui sont en fait les plus éloignés. Celui qui n’était pas en règle rentrait dans la maison et celui qui l’était restait dehors. Un homme avait deux fils. Hélas, l’imparfait semble de rigueur. Il en avait perdu un et il est revenu, mais l’autre a manifesté qu’en fait, il était très loin de son père. Il lui en voulait intérieurement à son père : jamais il ne me donne un chevreau ! L’aîné n’avait rien compris à l’amour de son père.
Cette parabole est une invitation à la conversion, oui, mais d’abord à celle de l’aîné et sans doute de chacun d’entre nous. Il nous faut apprendre que nous sommes aimés, que tout homme est aimé indépendamment de ses services, et donc que nous ne pouvons juger personne. L’amour de Dieu est gratuit. « Je t’aime libre, dit Dieu, même lorsque ta liberté échoue lamentablement. » Ce que Dieu aime en nous, ce n’est pas les services que nous lui rendons, mais tout simplement que nous sommes ses enfants. Le frère aîné avait oublié cela, il était devenu un banal serviteur. Le plus jeune, lui, n’avait pas oublié la bonté de son père.… Quelle image nous faisons-nous donc de Dieu ? Un justicier ou un père ? « Seul celui qui prend le risque de la liberté et de l’échec peut connaître le bonheur d’être aimé gratuitement » (A. Gromolard).
C’est en chacun d’entre nous qu’il y a un peu du prodigue et un peu de l’aîné. Lorsque nous avons de la peine à comprendre le plus jeune, et que nous avons envie de juger les autres, rappelons-nous cette part de nous-mêmes qui lui ressemble. Et lorsque nous avons de la peine à comprendre ceux que nous avons envie de qualifier de pharisiens, rappelons-nous cette part qui, en nous, ressemble à l’aîné.
Observez les deux frères, au début. Ils ne font qu’un : ce sont les deux faces de chacun d’entre nous. Et voyez le père qui les enveloppe de tendresse. Et puis le plus jeune s’en va. Vous connaissez la suite… : il reviendra. Regardez surtout le plus jeune tendre la main à son aîné, et la lumière d’espérance sur le visage du Père.

Jésus, le Fils Aîné qui s’est abaissé
Le Fils éternel, le premier-né de toute créature, ne s’est pas drapé de sa supériorité, mais il est allé rechercher ses frères aussi loin qu’ils s’en étaient allés, il s’est identifié à eux, les invitant à revenir vers le Père. Sur la croix, il a vécu la solidarité jusqu’au bout avec toutes les victimes du péché et du mal. Or ces victimes, c’est chacun de nous. La Passion selon saint Luc se terminera par ces deux phrases de Jésus : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc XXIII, 34-46). La parabole nous raconte le chemin de Jésus, sa Pâque, son retour dans la gloire du Père, accompagné de tous les pécheurs qu’il était allé rejoindre dans leur déchéance. « Mon fils était mort et il est revenu à la vie ! ». Joie pascale de Dieu au matin de Pâques !

Le rêve de Dieu
Le rêve de tout père, c’est d’avoir ses enfants à la maison, non pour qu’ils en soient prisonniers, mais pour qu’ils puissent faire la fête. Dans cette parabole Dieu semble ne pas être exaucé. Il nous est cependant permis de croire que Jésus n’a pas été jusqu’au bout de la parabole et, qu’un jour, à nouveau, les deux frères seront réunis autour de la table. Tour à tour prodigue et fils aîné, nous sommes accueillis à la table eucharistique, avant-goût du festin du Royaume où, tous revenus dans la maison du Père, nous ferons sa joie éternelle. Peut-être parmi nous y en-a-t-il qui, pour le moment, sont plus proches du prodigue et d’autres semblables à l’aîné. Mais tous, nous sommes invités.


Rendre visible l’Invisible

Il existe des chemins pour préserver l’Espérance…

Il existe un chemin de confiance pour aller plus loin,
il existe un chemin de repos pour nos corps fatigués, pour nos âmes éprouvées,
il existe un chemin de réconciliation pour être relevé

Il existe des chemins de vie exaltants,
il existe aussi des chemins de vie froissés, tordus, abîmés

Il existe un chemin pour révéler les trésors de ton coeur,
il en existe un autre pour apprendre à voir celui des autres,
il existe un chemin pour pleurer avec celui qui pleure,
et un autre pour se réjouir avec celui qui est dans la joie

Il existe un chemin pour contempler ce qui est beau autour de nous,
il existe un chemin pour voir dans la nature, le cosmos, la vie, une merveille,
il existe un chemin pour protéger la Création,
l’âme de l’écologie, c’est l’émerveillement

Il existe un chemin de vie plus sobre pour saisir l’essentiel,
pour fuir la saturation et l’anesthésie dues au gavage,
combattre l’inertie et le désengagement,
il existe un chemin pour ne plus abîmer, ne plus gaspiller, apprécier ce qu’on a,
il existe un chemin de jeûne pour soigner le corps et ouvrir l’esprit

Il existe de nombreux chemins qui détournent du bien,
toi et moi les avons plus ou moins empruntés,
des chemins qui emprisonnent la volonté, la joie, l’espoir,
des chemins d’esclavage,
des chemins qui usent notre humanité,
des chemins de violence, fruit des injustices accumulées, des manques d’amour,
des chemins de refus et d’indifférence qui menacent la paix globale,
des chemins de destruction et de mort.

Il existe un chemin de lucidité pour voir le monde tel qu’il est devenu,
un terrain d’exploitation, un casino, un monopoly,
destructuré en profondeur par l’alliance des idéologies de la technoscience
et d’un turbo-capitalisme planétaire et arrogant
Il existe un chemin pour dénoncer les scandales, la corruption, la destruction,
qui transforment la Terre en « un jardin vide pour le plaisir de quelques uns »,
culte des idoles et de la toute puissance, folle quête du vide qui ne rassasie pas !

Il existe un chemin pour remettre l’argent à sa place,
remettre le profit au service du bien commun,
un chemin de solidarité au-delà des nos propres intérêts

Il existe un chemin pour soigner les immenses blessures des humains,
les soulager avec l’huile de la consolation,
les panser avec le baume de la miséricorde

Il existe un chemin d’estime de soi,
un chemin pour libérer la parole…
un chemin pour dépasser le passé,
il existe un chemin de guérison profonde,
pour moins se raidir, et plus s’assouplir,
pour devenir « moins dur avec le pécheur, et moins mou avec le péché« .
Laisse Jésus pacifier ton coeur et lui ouvrir un nouveau chemin de liberté intérieure,
cesse de te raidir, de t’endurcir,
il y a assez de forces dans ce monde qui n’ont pas de pité,
aime-toi enfin !

Il existe un chemin pour accepter nos fragilités,
et un autre pour les offrir,
il existe un chemin pour aider ton frère à porter sa croix,
et un autre pour ne pas surcharger celle des autres

Il existe un chemin où le Créateur s’est fait « fils de sa propre création »,
pour la transfigurer de l’intérieur,
un chemin où le Tout-puissant, le Miséricordieux, s’est abaissé pour nous relever,
telle est la Miséricorde, le cœur de Dieu !

Il existe un chemin d’unité pour marcher ensemble en frères,
un chemin de compassion qui jaillit de la fraternité !
Avec Toi, Père, Fils, Esprit,
au coeur de Ton Coeur,
Dieu d’alliance, de tendresse et de consolation,
dans ce coeur à Coeur,
celui qui aime Te connaît !

Il existe un chemin que Dieu nous propose de suivre : son Fils Jésus !
ce chemin, c’est une Personne qui t’aime,
chacun est invité à le prendre,
personne n’y est contraint,
mais la Vie jaillit de son Coeur en abondance : elle donne la vraie liberté

Il existe un chemin pour cultiver un sens fort de la justice,
et un autre pour vivre la miséricorde,
ces deux chemins ne s’opposent pas

Il existe un chemin de fraternité pour tous les pauvres de la Terre,
les réfugiés, les migrants, ceux qui on tout quitté, ceux qui ont tout perdu,
il existe un chemin pour vaincre l’indifférence et conquérir la paix.
Il existe un chemin pour se laisser toucher par les petits de ce monde,
il existe un chemin pour sortir de nous-mêmes, nous désemcombrer du poids de notre vide,
il existe un chemin pour entendre les cris de douleurs,
pour être compatissant et bienveillant

Il existe un chemin pour passer de l’indifférence à la miséricorde :
en puisant chaque jour un peu d’eau, pour féconder les déserts de nos vies,
en trouvant la Source de toujours, l’eau vive pour la suite des jours

« Dieu n’est pas indifférent, Dieu accorde de l’importance à l’humanité, Dieu ne l’abandonne pas ! »
il existe un chemin pour faire silence,
il existe un chemin pour Le trouver, pour L’écouter, pour Le recevoir, pour Le donner
à celui qui est assoiffé, à celui qui a faim,
à celui qui est malade, à celui qui est seul,
à celui qui est sans travail, à celui qui est nu,
à celui qui subit l’injustice, à celui qui est persécuté,
à celui qui a fui la guerre, à celui qui a quitté sa terre,
à celui qui tout simplement mendie de l’amour !

Chrétien, par ton baptême,
tu as reçu la mission de rester près de Jésus,
de communiquer un peu de sa bonté, de sa tendresse et de sa patience.
Accompagne tes frères dans leur voyage à travers la vie,
garde ta relation profonde au Christ : c’est Lui qui libère !

Oh immense et si aimable Miséricorde qui porte mes misères,
Tu creuses patiemment en moi des chemins de réconciliation, de tendresse et de gratitude,
Tu me cherches sans te lasser, je ne trouverai pas la paix avant de T’avoir connue !
Que mon coeur qui se sait aimé à ce point
puisse à son tour devenir miséricordieux envers les autres,
car je comprends que sans Toi qui me restaures et me sauves en profondeur,
je pourrais descendre très bas…

Il existe un chemin pour que des aveugles ne guident plus les aveugles,
pour que la politique redevienne service des autres et du bien commun.
Il existe un chemin pour que la France soit relevée,
il existe un chemin pour demain,
quand il faudra tout reconstruire,
renouer avec la Sagesse oubliée

Il existe un chemin de victoire sur le mal par l’Amour,
il existe un chemin d’amour et de beauté qui peut tout sauver !
Mais l’homme agit encore comme Jacob contre l’ange de Dieu,
il lui faudra céder un jour,
et laisser enfin Dieu éliminer en lui les causes de ses drames existentiels et spirituels.
Alors l’homme sera sauvé par la beauté transfigurée par l’Amour !

Il y a tant de chemins pour rendre visible l’Invisible,
il suffit d’en parcourir quelques uns,
commencer à aimer : « un chemin tout simple », disait Mère Térésa

Il existe mille manières de te souhaiter une bonne année,
mais c’est celle-là que j’ai choisie,

M.V.


Fragments d’éternité

Le christianisme ne promet pas le simple salut de l’âme, dans un quelconque au-delà où toutes les valeurs et les choses précieuses de ce monde disparaîtraient comme s’il s’agissait d’une scène qu’on auraît bâtie autrefois et qui disparaîtrait désormais.

Le christianisme promet l’éternité de ce qui s’est réalisé sur cette terre. Dieu connaît et aime cet homme total que nous sommes actuellement.

Est donc immortel ce qui grandit et se développe dans notre vie de maintenant. C’est dans notre corps que nous souffrons et aimons, que nous espérons, que nous éprouvons de la joie et de la tristesse, que nous progressons à travers le temps. Tout ce qui grandit ainsi dans notre vie de maintenant, c’est ce qui est impérissable.

Est donc impérissable ce que nous sommes devenus dans notre corps, ce qui a grandi et mûri au coeur de notre vie, en lien avec les choses de ce monde.

C’est “l’homme total” tel qu’il s’est situé en ce monde, tel qu’il y a vécu et souffert, qui sera un jour emporté dans l’éternité de Dieu et qui aura part, en Dieu Lui-même, à l’éternité. C’est cela qui doit nous envahir d’une joie profonde.

dans « Vivre sa foi », Joseph Ratzinger, 1981.

Ainsi, nos vies peu à peu s’étoffent de fragments d’éternité qui seront notre couronne au Ciel, pour reprendre une pensée chère à Ste Thérèse. Et sur ce chemin, nous avons la chance en cette période de notre histoire d’avoir le pape François.

En ce début d’été 2015, chacun est invité à lire et à méditer ce texte saisissant Loué sois-Tu (cliquer pour le charger) de François. Oui, l’Eglise s’intéresse à l’écologie, et même depuis plusieurs décennies ! Mais la Bible dans son intégralité nous parle depuis très lontemps de la beauté de la Création et invite tout être humain à entrer dans une merveilleuse alliance avec son Dieu, à vivre une écologie globale : naturelle, humaine et spirituelle.

Notre monde a besoin d’être sauvé, globalement, plus que jamais. Et chacun de nous en particulier. Offrons notre participation éclairée et généreuse à cette oeuvre primordiale !

Bon été à toutes et à tous,

M.V.


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