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Père de miséricorde

Dans l’Évangile selon Saint-Luc, au chapitre 15, Jésus disait à ses disciples :
« Un homme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père : « Donne-moi la part du bien qui me revient ». Ainsi, le père leur partagea son bien. Et peu de temps après, ce plus jeune fils ayant tout amassé, s’en alla dehors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Après qu’il eut tout dépensé, il survint une grande famine en ce pays-là ; et il commença à être dans l’indigence. Alors il s’en alla, et se mit au service d’un des habitants de ce pays-là, qui l’envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux. Et il eût bien voulu se rassasier des carouges que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Etant donc rentré en lui-même, il dit : Combien ya-t-il de gens aux gages de mon père, qui ont du pain en abondance ; et moi je meurs de faim ! Je me lèverai, et m’en irai vers mon père, et je lui dirai : « Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes domestiques ». Il partit donc, et vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion ; et courant à lui, il se jeta à son cou et l’embrassa. Et son fils lui dit : « Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ». Mais le père dit à ses serviteurs : « Apportez la plus belle robe et revêtez l’en ; et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds. Amenez un veau gras et tuez-le ; mangeons et réjouissons-nous ; parce que mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, mais il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.
Cependant son fils aîné, qui était à la campagne revint ; et comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les danses. Et il appela un des serviteurs, à qui il demanda ce que c’était. Et le serviteur lui dit : « Ton frère est de retour et ton père a tué un veau gras, parce qu’il l’a recouvré en bonne santé ». Mais il se mit en colère, et ne voulut point entrer. Son père donc sortit, et le pria d’entrer. Mais il répondit à son père : « Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais contrevenu à ton commandement, et tu ne m’as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. Mais quand ton fils que voici, qui a mangé tout son bien avec des femmes débauchées, est revenu, tu as fait tuer un veau gras pour lui ». Et son père lui dit : « Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi. Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton frère que voilà, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ! ».

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Commentaire de Charles Delhez :

Le Dieu des pécheurs
La parabole de « l’enfant prodigue » est une bonne nouvelle, un « bourgeon d’espérance » : Dieu restera toujours notre Père, quoi que nous fassions. Elle nous « enseigne que tout n’est pas perdu » (Charles Péguy). Le plus jeune ne voulait plus être fils. Il est parti au loin. Pourtant, au fond de lui-même, il restait toujours cette image du père, à la fine pointe de son être, presque inconsciente. Tombé dans le malheur, il aurait bien voulu redevenir fils, mais il en avait perdu toute dignité. Ne vivait-il pas comme les porcs ? Il se souvint cependant : « je retournerai vers mon père ».
Le père, lui, était resté père. Peut-être connaissez-vous le magnifique tableau de Rembrandt ». Toute la lumière de cette toile vient du visage du Père, dont les yeux sont mi-clos, usés par la fatigue de l’attente. Il était orphelin de son fils et voilà qu’il le retrouve. « Comme tu m’as manqué ! ». Pour le fils à la tête de bagnard et aux sandales éculées par le long chemin, c’est une renaissance, une résurrection. Il est là, dans le sein de son père, blotti entre ses deux mains. Remarquez que, sur le tableau, une main est masculine, tandis que l’autre est féminine. Dieu, un Père qui nous aime comme une Mère, disait le Père Varillon. Aucune possession ni domination. Une véritable recréation : saint Irénée parlait de Dieu le Père créant le monde de ses deux mains, le Fils et l’Esprit Saint.
Cette merveilleuse parabole de l’espérance nous dit le coeur de Dieu, assez large pour nous accueillir tous, avec nos échecs. Dieu, me disaient des fiancés, c’est cet amour inconditionnel qui englobe tout. Regardez comme le Père enveloppe son fils. Observez comment ils tiennent l’un grâce à l’autre, le Père voûté s’appuie sur son fils revenu et le fils se repose dans le sein de son père. Comme si Dieu avait besoin de l’homme pour se reposer tout comme l’homme a besoin du pardon de Dieu.

La tristesse du Père
Mais la parabole continue. L’aîné, lui, était resté près du père. Il avait compris ses volontés, pensait-il. Toujours en règle, il travaillait fidèlement. Mais, hélas, en restant proche du père, il s’était éloigné de son frère. Celui-ci était définitivement oublié pour lui, rayé de sa mémoire. L’aîné avait, croyait-il, gardé la dignité de fils, mais il ne voulut pas rentrer dans la maison paternelle parce que son frère y était. Peut-on être fils sans être frère ? Cet Évangile nous dit la tristesse de Dieu : parfois, ceux qui se croient les plus proches de lui sont en fait les plus éloignés. Celui qui n’était pas en règle rentrait dans la maison et celui qui l’était restait dehors. Un homme avait deux fils. Hélas, l’imparfait semble de rigueur. Il en avait perdu un et il est revenu, mais l’autre a manifesté qu’en fait, il était très loin de son père. Il lui en voulait intérieurement à son père : jamais il ne me donne un chevreau ! L’aîné n’avait rien compris à l’amour de son père.
Cette parabole est une invitation à la conversion, oui, mais d’abord à celle de l’aîné et sans doute de chacun d’entre nous. Il nous faut apprendre que nous sommes aimés, que tout homme est aimé indépendamment de ses services, et donc que nous ne pouvons juger personne. L’amour de Dieu est gratuit. « Je t’aime libre, dit Dieu, même lorsque ta liberté échoue lamentablement. » Ce que Dieu aime en nous, ce n’est pas les services que nous lui rendons, mais tout simplement que nous sommes ses enfants. Le frère aîné avait oublié cela, il était devenu un banal serviteur. Le plus jeune, lui, n’avait pas oublié la bonté de son père.… Quelle image nous faisons-nous donc de Dieu ? Un justicier ou un père ? « Seul celui qui prend le risque de la liberté et de l’échec peut connaître le bonheur d’être aimé gratuitement » (A. Gromolard).
C’est en chacun d’entre nous qu’il y a un peu du prodigue et un peu de l’aîné. Lorsque nous avons de la peine à comprendre le plus jeune, et que nous avons envie de juger les autres, rappelons-nous cette part de nous-mêmes qui lui ressemble. Et lorsque nous avons de la peine à comprendre ceux que nous avons envie de qualifier de pharisiens, rappelons-nous cette part qui, en nous, ressemble à l’aîné.
Observez les deux frères, au début. Ils ne font qu’un : ce sont les deux faces de chacun d’entre nous. Et voyez le père qui les enveloppe de tendresse. Et puis le plus jeune s’en va. Vous connaissez la suite… : il reviendra. Regardez surtout le plus jeune tendre la main à son aîné, et la lumière d’espérance sur le visage du Père.

Jésus, le Fils Aîné qui s’est abaissé
Le Fils éternel, le premier-né de toute créature, ne s’est pas drapé de sa supériorité, mais il est allé rechercher ses frères aussi loin qu’ils s’en étaient allés, il s’est identifié à eux, les invitant à revenir vers le Père. Sur la croix, il a vécu la solidarité jusqu’au bout avec toutes les victimes du péché et du mal. Or ces victimes, c’est chacun de nous. La Passion selon saint Luc se terminera par ces deux phrases de Jésus : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. Père, entre tes mains je remets mon esprit » (Lc XXIII, 34-46). La parabole nous raconte le chemin de Jésus, sa Pâque, son retour dans la gloire du Père, accompagné de tous les pécheurs qu’il était allé rejoindre dans leur déchéance. « Mon fils était mort et il est revenu à la vie ! ». Joie pascale de Dieu au matin de Pâques !

Le rêve de Dieu
Le rêve de tout père, c’est d’avoir ses enfants à la maison, non pour qu’ils en soient prisonniers, mais pour qu’ils puissent faire la fête. Dans cette parabole Dieu semble ne pas être exaucé. Il nous est cependant permis de croire que Jésus n’a pas été jusqu’au bout de la parabole et, qu’un jour, à nouveau, les deux frères seront réunis autour de la table. Tour à tour prodigue et fils aîné, nous sommes accueillis à la table eucharistique, avant-goût du festin du Royaume où, tous revenus dans la maison du Père, nous ferons sa joie éternelle. Peut-être parmi nous y en-a-t-il qui, pour le moment, sont plus proches du prodigue et d’autres semblables à l’aîné. Mais tous, nous sommes invités.


Vivre, à quoi ça sert ?

« Vivre, à quoi ça sert » est une méditation simple, profonde et pleine de fraîcheur sur le sens de la vie, écrite par une femme remarquable, bien connue de nos contemporains pour son action auprès des chiffonniers du Caire, en Égypte.

Si j’avais à conseiller à un ado un livre qui puisse l’aider sur son chemin, je choisirais certainement ce livre-testament, dernier ouvrage de sœur Emmanuelle qui nous a quittés en octobre 2008, quasi centenaire. Pour autant, ce livre fait du bien quel que soit notre âge ! Emmanuelle sait nous rejoindre dans ce qui fait les tracas mais aussi les joies de nos vies : elle témoigne d’un parcours qui n’a rien d’un conte de fées. Mais elle a su parvenir à l’essentiel, et la justesse de ses propos ne peut que toucher… Voici la synthèse que je vous en livre. Bonne rentrée !

A propos de trois ordres

L’inquiétude du sens est nécessaire et bénéfique. D’âge en âge, elle a taraudé l’humanité. Le problème, c’est le vide, l’absence contemporaine de moyens pour répondre à cette inquiétude. Mes contemporains sont poursuivis par le non sens, la vie semble à leurs yeux une succession chaotique d’instants et d’événements. J’enrage de ce qu’exploitant ce manque, ceux qui ont pignon sur rue aillent contre le sens. Dans les univers politiques, médiatiques, et parfois religieux, nous sommes dans le règne du sensationnel, le nez collé aux événements.

Le propre de l’homme, dans sa grandeur et sa misère, est de chercher, de ne pas se satisfaire de son état ou de convictions prêtes-à-porter. Mais nous sommes aujourd’hui fascinés par la raison, au point de ne pouvoir nous libérer de son idéalisation qui n’ouvre aucun horizon. Il n’y a plus aucune vision d’ensemble qui donne à chaque chose sa place dans un tout unifié. Nous sommes sans cesse ballottés d’une question à l’autre.

Ensuite, nous vivons sous le règne de l’affect qui empêche l’épanouissement du cœur, dans une suite de sentiments passagers, transitoires, contradictoires. Nous sommes ballottés d’une émotion à l’autre.

Enfin, le divertissement est devenu roi : dans un tourbillon vertigineux, il offre une succession de plaisirs ou de « devoirs à honorer » sans cesse pour échapper au vide. On se noie dans la fête, la consommation, le travail, l’activisme, le nez dans le guidon, sans que jamais une orientation, un sens enfin, soit contemplé et visé.

Qu’ai-je donc à proposer, moi, une vieille religieuse de 95 ans ? Oh, rien que j’ai inventé toute seule. J’ai eu la chance de rencontrer très tôt un penseur de génie : Blaise Pascal, et ses Pensées sont devenues mon livre de chevet. Pascal nous montre la distinction et l’articulation de trois ordres : matière, esprit et amour, qui sont pour l’homme trois façons de se situer par rapport au monde, à Dieu et à lui-même. Le sens de la vie ne se trouve ni dans l’ordre de la matière, ni dans celui de l’esprit, tous deux par ailleurs considérables et nécessaires, mais seulement dans le troisième : l’ordre du cœur.

Grandeur et misère

C’est en l’homme que s’opère une sorte de déchirure entre l’aspiration à une grandeur démesurée, et la confrontation à son extrême petitesse. C’est étonnant en effet comme l’homme, capable de si grands et de si nobles sentiments, peut dans le même temps montrer de la bassesse, voire de la jouissance dans l’avilissement. Même sans aller jusque-là, il est dans le propre de l’homme d’être habité à la fois par la vision d’espaces infinis et par le constat de ses limites. Je suis émue de tant de cris que je reçois de ceux qui souffrent du formidable écart entre ce qu’ils sont et ce qu’ils voudraient être.

Le néant, c’est l’absence de terrain où puisse s’investir la soif d’être, de vivre et d’être soi. Quand l’élan de la vie tourne à vide, alors on tente de vivre seulement pour vivre, on reflue dans le seul ordre matériel (le look, les possessions, la situation sociale). Mais certains font plus tôt que d’autres l’expérience qu’on ne peut s’accrocher à de telles choses en cette vie, qui ne sont que des vanités éphémères. Non, la sortie du néant ne se trouve pas dans l’ordre de la matière.

Grandeur et misère de l’aventure dans l’ordre de l’esprit. Elle semble porteuse de promesses infinies, mais débouche sur le constat de l’impuissance. Le Dieu vivant qui se révèle à l’homme vivant ne se trouve ni à force de raisonnement ni au bout d’une lorgnette. Croyant ou non croyant, il faut se méfier du pur intellectualisme qui nous évade du réel. Il faut se méfier de l’impérialisme de la raison. Livrée à sa seule puissance, la raison se croit toute puissante, capable de tout embrasser et de tout maîtriser. Ce qui m’a sauvée, c’est de me heurter aux limites de la raison, et finalement d’y consentir.

La faiblesse essentielle, elle est en nous, on ne peut pas en sortir en l’on n’en sortira jamais, jusqu’à la mort. Loin d’être supprimée par l’esprit et son ordre, elle y acquiert au contraire une conscience plus douloureuse encore que dans l’ordre de la matière. Écartelé entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, crucifié entre la puissance, la noblesse de sa raison et l’expérience de ses limites, affronté au vide en lui-même et à la béance inéluctable de la tombe, l’homme est alors tenté de fuir, de fuir en avant, dans le divertissement, l’agitation, mais hors de soi.

Fuir pour combler le vide ?

Car l’homme cherche un complément d’être devant l’expérience du vide. Mais la solution immédiate qui se présente – une recherche éperdue hors de soi – ne fait que nous distraire, comme le dit Pascal. Les sollicitations extérieures sont aujourd’hui légion : radio, télévision, ordinateur, smartphone, jeux vidéo, véhicules, voyages… que l’on passera parfois sa vie à rembourser. Tout est appât dévorateur de nos forces physiques, psychiques et financières. Livrés à cette ronde de l’agitation permanente, de l’accumulation, de la répétition, quelque chose en nous n’est jamais assouvi et crie sans cesse : encore, encore, j’en veux encore !
Nous assistons à une conspiration universelle contre le silence, le repos, l’intériorité. Or, c’est précisément dans le seul lieu de l’intériorité, dans la contemplation d’étoiles qui ne sont pas filantes, que se construit la personnalité.

Il existe trois libidos en nous : la pulsion de sentir, la pulsion de savoir, la pulsion de dominer. Chacune ouvre une perspective séduisante de fuite, mais qui ne comble jamais. La maturation de notre rapport au look, au paraître, au posséder (objets ou personnes) demande bien des années ! Celle du savoir est plus difficile : on enfante un monde intérieur qui apaise l’angoisse et nous fait croire qu’on atteindra un jour la Vérité. C’est consolateur mais trompeur, et finalement écrasant.
Enfin, ultime divertissement, on cherche à « se faire roi », on cherche la domination et le pouvoir, et à être (re)connu. Nous avons tous besoin d’être maître de quelque chose. Même la bonté peut être pervertie pour servir au pouvoir, par exemple dans l’action humanitaire, au départ si souvent généreuse.

Ces tentatives de combler le vide intérieur par la vanité de l’extérieur (apparences, possessions, pouvoirs) est en nous tous. Nous n’en sortons jamais complètement ici-bas. Chercher à jouir de la vie sans limites, c’est souffrir du même coup des limites de la jouissance. Plus elle a régalé les sens et l’imagination, plus elle laisse le goût amer de tout ce qui excite pour s’évanouir trop tôt. Ce vide laissé n’est jamais comblé.

Chercher Dieu au fond de son cœur

Pourtant, l’expérience de cette béance et de la vanité de nos entreprises est un bienfait ! Elle nous conduit souvent à un moment fondateur dans nos vies, à l’exemple des saints dont seule la piété populaire en a faits de héros invincibles ! A un moment donné, la projection imaginaire de soi-même et de sa réussite s’écroule. Il faut souhaiter à chaque être humain ce décapage, si douloureux qu’il soit. Place est faite, alors, pour la vérité.

« Vraiment tu es un Dieu caché ! » dit Pascal. C’est bien l’expérience que nous faisons chaque jour : Dieu est absent de ce monde qui tourne mal, ce monde violent et injuste. Et pourtant, il y a bien une présence de Dieu dans le monde, mais ce n’est pas sur le mode de l’intervention. Cette présence est au cœur de l’homme, de sa conscience et de sa volonté, de son inconscient et de son âme, pour le porter vers le bien, qu’il le sache ou non. Dieu n’agit dans le monde que dans et par l’homme.
Pour autant, nous ne sommes pas des robots. Nous sommes libres, ou plutôt nous possédons des germes de liberté. Dieu caché est la condition de notre liberté. Sinon, Dieu serait évident, et la foi ne serait plus un acte libre ! Or, la foi est une révélation d’un tout autre ordre que l’évidence… « C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison ». Ce cœur dont parle Pascal est le centre de notre être : l’union de la chair et de la raison, de la sensibilité et de la volonté. Le plus intime de nous-même.

Seul l’infini pourra me combler

« La foi est au dessus de la raison, et non pas contre ». Autrement dit, croire n’implique en aucune manière de perdre la raison, ou de s’opposer à elle. Ce que veut dire Pascal, c’est que la raison peut fort bien décrire son impuissance et l’expliquer, face à une expérience véritablement humaine qui lui échappe et dépasse ses moyens et son ordre.

Car dans et par la foi, mon cœur expérimente que seul l’infini peut le combler, et combler ce vide, cette béance. Mais cet infini n’a aucun rapport avec les immenses perspectives de l’esprit : il est de l’ordre de l’amour. Dieu n’est pas seulement un Dieu caché, il est d’abord un Dieu d’amour ! Alors, j’ai décidé de parier sur le Dieu d’Israël, le Dieu de Jésus-Christ. « Dieu d’amour et de consolation qui remplit l’âme et le cœur ». Alors, je fus rajeunie : je retrouvai mon cœur d’enfant simple comme une source. « Si vous ne devenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume » (Évangile, Matthieu 18-3).

C’est dans cet état d’esprit que, à soixante deux ans, je partis au bidonville du Caire un beau jour d’automne pour épouser la condition d’hommes, de femmes et d’enfants spoliés, dépouillés de tout apanage de la matière et de l’esprit. J’allais vivre enfin l’esprit d’enfance avec le regard simple et transparent qui ne se retourne pas vers soi, mais s’offre ingénument, avec confiance.

Vanité, néant que les possessions de la matière. Elles m’avaient ébloui. Vanité même que les acquisitions de la raison raisonnante : elles avaient été ma fierté ! Et j’ai constaté que l’étau du vide s’est desserré chaque fois que ma vie a pris le sens du service et du partage.

Le mouvement de l’amour

Toutes nos amours, même celles qui semblent les plus gratuites, sont entachées d’une sorte de possessivité. L’affection et le désir pour quelqu’un portent en eux une volonté de possession. Quelles sont les relations affectives qui, ne serait-ce qu’un moment, ne nous portent pas à vouloir pour l’autre, à sa place ? Mais c’est la vie de couple qui parfois n’est pas satisfaisante. Les manières d’aimer ce l’homme et de la femme sont différentes, or chacun attend d’être aimé à sa manière, et chacun souhaite que l’autre réponde à ses propres attentes. On a du mal à sortir du cercle de l’ego : beaucoup d’amours ne sont ainsi que des mouvements de soi à soi.

Pour autant, la charité est-elle le mouvement inverse ? Serait-elle à chercher dans l’oubli de soi, la négation de ses propres attentes, de ses désirs ? On me parle de sacrifice : ça me fait rigoler ! Quand on aime, il n’y a pas de sacrifice, mais une dilatation. Le sacrifice n’est encore qu’une idole de soi.

De toutes manières, peut-on complètement séparer l’amour de l’affection et du plaisir ? Sûrement pas ! Peut-on les confondre ? Non plus ! Avec Pascal, réaffirmons qu’il ne faut ni mépriser ni surévaluer les ordres de la matière et de l’esprit, de la chair et de la pensée, comme le dit le vieil adage : « je possède, mais ne suis pas possédé ».

Aussi, l’amour véritable est aux antipodes d’un repli, d’une peur du charnel, de l’affectif, de l’intellectuel, qui seraient considérés comme des appâts trompeurs. C’est précisément en appréciant à son juste prix la richesse de la matière et de l’esprit que l’on s’apprête à mieux comprendre quel bon fantastique les sépare du moindre mouvement d’amour.

Le troisième ordre n’est pas opposé aux deux autres : il les dépasse et les assume. Il est au-dessus, non pas contre. Le mouvement de l’amour ne descend jamais : il monte et nous emporte dans des sphères infiniment plus élevées. D’où ce soupir de bonheur qui traverse notre existence à certains moments, où nous n’y comprenons rien, car le ciel paraît se déchirer. Nous nous trouvons alors saisis par un monde inconnu, mystérieux, au-dessus et allégé des contingences habituelles. Ce n’est pas une question de croyance religieuse. Chacune de nos expériences véritables de l’amour ne vient-elle pas relativiser tout le reste ?

Notre nature cherche son épanouissement. Elle contient en elle-même la soif de posséder, de jouir, de se faire mousser, comme elle contient aussi l’élan du don, du service, de la compassion. Tout cela est inextricable (parabole du bon grain et de l’ivraie). L’idéal, me semble-t-il, est de travailler dans le même mouvement à son propre bonheur et à celui des autres, en essayant d’oublier un peu nos propres contradictions (St Paul). Essaie de t’accepter, Emmanuelle, humaine, pétrie de grandeur et de misère. Reçois-toi telle que tu es, tout bonnement, en tirant la meilleure part de tes défauts comme de tes qualités. Et yalla, en avant pour le service !

Le mystère de l’amour, chemin vers Dieu

Vous cherchez un sens à votre vie ? Demandez-vous qui et comment il vous est possible d’aimer. Aimer est un élan qui nous porte au-dessus de nous-mêmes et en sûreté. L’irruption de l’amour dans une existence est comme le feu qui jaillit soudain dans l’âtre : tout prend relief à sa lumière. L’amour est le mystère de notre existence.

L’amour est mystère : il n’est ni ici, ni là. Il est mystère parce qu’il est mouvement. Et il est mouvement parce qu’il est relation. La relation, ça ne se laisse pas saisir, ni maîtriser, ni posséder. La relation ne tient ni à toi, ni à moi, mais au mystère entre nous. Elle est la réciprocité du mouvement de chacun qui sort de soi vers l’autre (très belle image trinitaire).

Dès lors, il y a amours et amours. Certaines personnes entrent dans la manière de l’autre, mais ce n’est pas simple. Entre nous, humains, il y a quelque chose qui, à la base, nous fait différents les uns des autres. C’est particulièrement clair entre hommes et femmes, mais cela vaut pour toute relation. Aimer, c’est apprendre à écouter la différence de l’autre. L’amour est une écoute qui retentit en soi. Alors s’ouvre la réception du don de l’autre, de sa manière autre d’aimer. Nous serons toujours différents, mais quand tu sais écouter l’autre différent de toi, tu fais entrer en toi une vision qui n’est pas tienne.
Qu’est-ce que l’autre sent, attend, que je peux lui donner ? L’amour c’est ce complément d’être que je donne, mais tel que l’autre le désire, et non pas comme je l’imagine. C’est ce complément d’être que, réciproquement l’autre me donne, mais à sa façon. Ceux qui s’aiment sont dans le mystère d’une relation vécue différemment, dans la différence.

A ce mystère, je donne un nom et un visage : « Dieu est amour ». Cette affirmation de l’Écriture (1 Jean, 4-8) fait partie de mon expérience. Ce n’est pas une théorie, ni un sentiment. Dans ma relation vivante au Dieu vivant, je contemple sa manière d’aimer. Pour entrer en relation avec nous, le Verbe s’est fait chair. Dieu, dans sa passion d’amour pour l’homme, en vient à aimer l’homme à la manière de l’homme, à répondre à ses attentes d’homme. En nous aimant, il ne nous sort pas de notre condition humaine, c’est lui qui vient à elle. « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13, 34). C’est lorsque nous aimons à la manière de Dieu que nous aimons vraiment, que nous connaissons le troisième ordre de la charité.

En aimant, en vivant du moindre mouvement d’amour, nous perdons-nous, devenons-nous moins humains ? Tout au contraire, notre existence trouve son sens. Dans le mystère de la relation, nous naissons à nous-mêmes en sortant de nous-mêmes. L’homme n’est jamais autant humain que lorsqu’il est image de Dieu. Mais gardons-nous cependant de prétendre vraiment aimer, d’aller jusqu’au bout de l’amour ! L’abîme qui sépare l’homme misérable du Dieu infini est soudain franchi dans chaque mouvement d’amour. « Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous » (1 Jean 4, 12).

Ce souffle qui passe libère nos ailes intérieures, les ailes du cœur, engluées dans les jouissances sensibles, matérielles, intellectuelles. Quelque chose en nous se déploie, nous atteignons notre envergure véritable. Le don d’un verre d’eau, le moindre mouvement de charité, surpassent l’amoncellement des richesses, la vastitude de l’univers, l’ampleur des systèmes scientifiques, philosophiques et théologiques. Devant cette lumière humble et cachée, les splendeurs de nos richesses pâlissent et sont ramenées à leur réalité : de petits lampions, rien que de petits lampions.

Partout je vois des hommes et des femmes, des jeunes et des moins jeunes qui, d’une façon ou d’une autre, décident de consacrer de leur temps et de leur énergie à ceux qu’ils veulent aimer, à leur manière. La survie de l’humanité et de chacun d’entre nous en dépend. Regardons donc le côté éclairé de la planète. Partout brillent des étincelles d’amour. Et le monde, alors, n’est plus si obscur ni couvert de ténèbres. Il en est transfiguré. L’ordre de la charité ouvre la voie du cœur, chemin de bonheur et de paix.

L’écume ou l’éternité ?

C’est quelque chose, tout de même, que cette formidable énergie que nous déployons pour tenter de remédier au vide, à l’insensé, au manque, en nous livrant corps et âme au flux et au reflux du plaisir, dans une fuite perpétuelle hors de nous-mêmes. C’est terrible parce que c’est vain et voué à l’échec.
Telle l’écume, le plaisir disparaît sitôt que son objet est saisi. Ainsi, l’insatisfaction creuse en nous, encore et toujours plus profond, son sillage d’amertume. Tout nous échappe, et nous-mêmes avec, car nous allons mourir. Nous sommes plongés dans un néant : tout fuit, et nous avec.

J’ai donc cherché ce qui ne fuit pas. Si tout fuit, il y a pourtant quelque chose qui ne fuit pas. On découvre le non-mortel après s’être dépouillé de l’illusoire, de la vanité, de l’imaginaire. Ce peut être Dieu, certes, pour le croyant, mais pour tous, c’est faire naître du vivant en répondant de ses propres forces vives à l’appel d’un autre manque. Tends l’oreille : autour de toi, qui attend ce que personne d’autre que toi ne peut offrir ? Lorsqu’un manque répond à un autre manque, soudain, c’est une création nouvelle : quelque chose naît au monde.

Si dans nos actes et dans nos relations, il y a toujours une part d’intérêt et de possessivité, il y réside aussi une part de gratuité. Et c’est là, dans cette marche vers l’autre, dans l’amitié authentique, que se dévoile le mystère de ce qui ne passe pas, le mystère de notre propre éternité.

Dieu est amour : Lui, l’éternel, donne gratuitement. Et « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique » (Jean 3, 16). Oui, Dieu se donne, il est l’ami de l’homme. C’est pourquoi tout passe et fuit, hormis l’amour.

Dans nos vies humaines, tous les petits actes d’amitié ou d’amour authentiquement vécus sont autant de minuscules joyaux, forgés au feu de l’épreuve et du dépouillement. Au moment où nous quitterons cette terre, une partie de nous-mêmes disparaîtra, mais cette multitude de joyaux aura façonné notre figure d’éternité. Certaines personnes ont déjà quelque chose de ce visage d’éternité : leur regard est un reflet d’amour. Leur attention se porte naturellement vers ceux qu’elles rencontrent. Ces gens-là sont des témoins de l’éternité. En les rencontrant, nous sentons que ce qui est véritablement humain en nous ne peut pas mourir.

Au terme de ma réflexion, je pense que nous ne sommes pas tant écrasés entre l’infiniment grand et l’infiniment petit que contraints de mesurer, dans nos vies, l’abîme sans issue de nos tentatives de fuite et l’océan du mystère de l’amour !

De mon point de vue, la justesse consiste à éviter deux fausses pistes. Ne soyons ni fascinés par le clinquant des choses, des possessions, des gens et de nous-mêmes… ni désespérés par leur néant. S’il n’est pas possible de marcher en leur milieu, il est possible de dépasser les dilemme, de s’élever infiniment au-dessus. C’est la troisième voie que nous montre Blaise Pascal : c’est en accrochant notre char à l’étoile de l’amour, à la voie du cœur, qu’il nous permettra de nous envoler et de nous arracher d’autant au néant. C’est ce troisième ordre du cœur qui donne à nos vies leur sens, leur poids d’éternité.

Entre le plaisir et le bonheur, il faut choisir. Entre l’écume et l’éternité, il faut choisir. Entre la voracité et l’amitié, il faut choisir. Mais attention ! Il ne s’agit pas d’un choix radical et définitif, mais plutôt d’une direction. De quel côté pencherons-nous ? Le retour sur soi ne disparaît jamais : on n’arrive jamais, ici-bas, au bout de l’amour. Encore et encore, il faut le choisir à nouveau.

Qu’importe ! Une fois qu’on a goûté à la libération du moindre mouvement d’amour, la route n’est plus si pénible. Une fois soulevés par les ailes du cœur, notre faiblesse n’est plus si lourde à porter. Qu’est-ce que tout ce fatras au regard de l’éternité ? Toutes nos misères ne sont rien au regard de la valeur authentique de nos existences : le mystère de l’amour.


Un enfant qui meurt de faim est un enfant assassiné

Cher lecteur, j’aimerai te parler aujourd’hui du livre de Jean Ziegler « Destruction massive : géopolitique de la faim » (Ed. Seuil, 2011), que j’ai déjà mentionné sur ce blog.

Un ouvrage très intéressant, qui remue profondément, et qui invite surtout à une plus grande lucidité sur les agissements de nos pays, de nos entreprises les plus puissantes… avant de nous interroger nous-mêmes sur notre position dans tout ce gâchis, et ce que nous cautionnons implicitement en vivant dans des pays dits développés, sans trop se poser de questions au sujet de ce qui alimente ce développement, et à qui cela nuit !

J’ai beau en apprendre chaque jour sur les injustices de notre monde, et malgré l’espérance qui habite le chrétien que j’essaie d’être, j’avoue que certaines révélations me bouleversent toujours et me questionnent en profondeur. En ce temps de carême 2014, je me dois de publier ce texte, parce qu’il me semble qu’il ne faut pas lâcher le beau combat contre la faim, et avoir le courage d’en accepter les causes et leur dénonciation. Attention, la sévérité de certains passages est à mettre en rapport avec les terribles fléaux subis par des populations entières ! Il y a de saintes colères… car l’exploitation et l’esclavage continuent sur terre, malgré les chartes des droits humains et le formidable travail d’un grand nombre d’associations dont l’action est parfois très risquée…

Je remercie au passage la « fraternité des chrétiens indignés », et Serge Lellouche en particulier, à qui l’on doit cette synthèse, pour son remarquable travail entrepris depuis les débuts de la grande crise de 2008. Oui, il nous faut des veilleurs, et des éveilleurs ! Mais il me semble qu’en parallèle de la prière, du jeûne et des offrandes qui pour beaucoup de femmes et d’hommes de cette terre (et même d’enfants !) sont une manifestation humble et cachée du don du coeur et de la sollicitude à l’égard des plus démunis, nous devrons de plus en plus affronter l’arrogance des puissants et leur mode de nuisance qui détruisent – non pas d’abord la planète, même si c’est vrai – mais d’abord la vie de dizaines de millions de frères humains… et beaucoup plus demain, si nous ne faisons pas assez aujourd’hui pour éviter cela. La première priorité est d’en prendre conscience et d’informer autour de nous. Ensuite, il ne faut jamais capituler… car malgré tout, il y a toujours des moyens de s’opposer aux autoroutes du mal, en commençant par faire TRES attention à ce que nous achetons, et se demander à qui cela profite, ou à qui cela nuit.

La synthèse de Serge Lellouche étant un peu longue, je me suis permis d’en faire un résumé. A lire ici.

N’oubliez-pas : n’achetez pas ou plus d’agro-carburants ! Vous savez à présent pourquoi.

M.V.


Merci à notre grand Pape Benoît

« Lors de son élection en 2005, Benoît XVI s’est présenté comme un modeste serviteur dans la vigne du Seigneur. Les huit années écoulées nous ont montré que, de sa part, il ne s’agissait pas d’une simple formule de convenance, mais bien d’une conviction profonde qui devait éclairer tout son pontificat. Ni sa brillante intelligence, ni son immense culture, ni sa remarquable capacité pédagogique, rien chez lui n’a jamais été utilisé pour dominer ses interlocuteurs ou ses collaborateurs ou pour contraindre à une adhésion dont il savait qu’elle devait avant tout être le choix d’une liberté éclairée. Alors qu’il vient de renoncer à exercer sa charge, nous voulons saluer d’abord sa lucidité et son courage devant une décision difficile à prendre et qu’il a longuement murie. Nous voulons aussi lui exprimer notre gratitude et rendre grâce à Dieu pour les années de son pontificat.

Nous pouvons comprendre que ceux qui ne partagent pas notre foi fassent des événements que nous vivons une lecture principalement politique ou idéologique, quand elle n’est pas tout simplement exotique mesurant la vitalité de l’Église à son conformisme avec les slogans du moment ou à sa plus ou moins grande capacité à donner des signes de modernité.

Pour nous, nous savons, et Benoît XVI n’a pas cessé de nous le rappeler à temps et à contretemps, que la vitalité de l’Église dépend de sa détermination à se mettre à l’unisson du Christ et à y revenir sans cesse. Le chemin de notre conversion se dessine quand nous écoutons la Parole de Dieu et que nous nous en nourrissons, quand nous entrons dans l’offrande que Jésus a faite de sa vie par amour pour Dieu et pour les hommes, quand nous développons notre capacité à rendre compte de notre espérance devant le monde, quand nous manifestons la réalité de notre foi par la vigueur de notre engagement dans l’amour des autres »

Cardinal André Vingt-Trois, 28 février 2013, messe d’action de grâces pour le pontificat de Benoît XVI


Le temple de Dieu : c’est toi !

On a souvent entendu dire que Moïse, après avoir fait sortir Israël d’Égypte, a construit dans le désert un tabernacle, une tente de sanctuaire, grâce aux dons des fils de Jacob… Il faut bien voir, comme le dit l’apôtre Paul, que tout cela était un symbole (1Co 10,6)… C’est vous, mes frères, qui êtes maintenant le tabernacle de Dieu, le temple de Dieu, comme l’explique l’apôtre : « Le temple de Dieu est saint, et ce temple, c’est vous ». Temple où Dieu régnera éternellement, vous êtes sa tente parce qu’il est avec vous sur la route ; il a soif en vous, il a faim en vous. Cette tente est encore portée…dans le désert de cette vie, jusqu’à ce que nous parvenions à la Terre de la Promesse. Alors la tente deviendra Temple et le véritable Salomon en fera la dédicace « durant sept jours et encore sept jours » (1R 8,65), c’est-à-dire le double repos…de l’immortalité pour le corps et la béatitude pour l’âme.

Mais pour le moment, si nous sommes « spirituellement sortis d’Égypte », faisons chacun, faisons tous des offrandes pour la construction du tabernacle… : « Car chacun reçoit de Dieu son don particulier, l’un celui-ci, l’autre celui-là » (1Co 7,7)… Que tout soit donc commun à tous… Que personne ne considère le charisme qu’il a reçu de Dieu comme son bien propre ; que personne ne soit jaloux d’un charisme que son frère aurait reçu. Mais que chacun regarde ce qui est à lui comme étant à tous ses frères, et qu’il n’hésite pas à considérer comme sien ce qui est à son frère. Selon son dessein miséricordieux, Dieu agit envers nous de telle sorte que chacun ait besoin des autres : ce que l’un n’a pas, il peut le trouver en son frère… « A plusieurs nous ne formons qu’un seul Corps dans le Christ et, chacun pour sa part, nous sommes membres les uns des autres » (Rm 12,5).

D’après Saint Aelred de Rievaulx (1110-1167), moine cistercien

A méditer et à faire tien, si tu veux voir un monde plus juste s’édifier peu à peu…


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